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Daniel Guestier

Daniel GUESTIER (1755-1847)

 

Daniel Guestier est le premier de sa famille à porter ce prénom (il y en a trois autres dans les quatre générations suivantes, toutes nées au XIXe siècle).

Il est né rue du Cerf-Volant, paroisse Saint-Siméon à Bordeaux, le 2 septembre 1755, et a été baptisé le même jour à la cathédrale Saint-André. En ces temps de persécutions, les Guestier, comme tous les protestants français, étaient contraints de faire baptiser leurs enfants dans une paroisse catholique pour qu’ils aient un état civil. Daniel est le fils de François Guestier, bourgeois de Bordeaux et lieutenant de juge de la juridiction de Pauillac, dont le marquis de Ségur est le titulaire, et de Jeanne Conte. Les parents de Daniel sont originaires de Saintonge, au bord de l’estuaire de la Gironde, François venant de Talmont et Jeanne, de Chaillevette. Ils sont l’un et l’autre des enfants de marins : le père de François était capitaine de frégate dans la Royale et celui de Jeanne était capitaine de marine marchande.

Comme ses grands-pères, Daniel choisit la carrière maritime. Il est pilotin sur Le Superbe, un navire marchand commandé par Jean Petiteau qui part en 1771 pour Saint-Domingue, puis l’année suivante sur Le Marsouin, commandé par François Gautrec et qui va lui aussi à Saint-Domingue.

En 1772-73, il est à nouveau sous les ordres du capitaine Jean Petiteau, sur La Valy, parti pour La Martinique. De 1773 à 1776, Jean Petiteau garde Daniel Guestier dans son équipage mais c’est Le Marsouin qu’il commande, pour deux croisières, à destination de Saint-Domingue et de La Martinique. Daniel y est à nouveau embarqué comme pilotin, mais c’est comme second pilote qu’il revient à Bordeaux. Pour le voyage suivant, la même année 1776, Jean Petiteau en fait son lieutenant pour aller à Saint-Domingue sur La Pallas. Comme tous les marins-pêcheurs et les marins au commerce depuis la création de l’Inscription maritime par Colbert, Daniel Guestier est réquisitionné pour un service militaire de deux campagnes dans la Royale. C’est ainsi qu’il embarque en 1776 en qualité de matelot pour une campagne de trois mois sur Le Victor, commandé par l’enseigne de vaisseau Jean Hogoff. Il est engagé comme lieutenant de 1777 à 1781 pour trois voyages à Saint-Domingue à bord du George, navire marchand commandé pour la première croisière par Pierre Prugnières et pour les deux autres par Jean Boisseau. Alors que Daniel Guestier navigue sur le George, la France entre en guerre contre l’Angleterre en s’alliant le 6 février 1778 aux treize colonies américaines révoltées contre leur ancienne métropole britannique : c’est la guerre d’Indépendance des États-Unis. Sa deuxième campagne sur les navires du roi dure trois mois, en 1781, à bord de la chaloupe canonnière La Mégère, commandée par le lieutenant de frégate auxiliaire Laurent Vidal. Daniel Guestier sert en qualité de matelot sur ce petit bâtiment de 42 tonneaux employé à la défense du littoral, des approches des ports et des estuaires contre les Anglais, probablement au débouché de l’estuaire de la Gironde et autour de la rade de Rochefort et des îles d’Aix et d’Oléron. Ayant navigué au total quatre-vingt-quatre mois et vingt-quatre jours sur des navires marchands et délivré de ses obligations militaires par deux campagnes sur les navires du roi, Daniel Guestier remplit les conditions pour être reçu capitaine de navires. Il est reçu capitaine à l’amirauté de Guyenne le 29 mai 1781 et en reçoit le brevet le 7 juin suivant. Sa carrière de capitaine de navires, assez brève, est peu connue. Il épouse le 29 décembre 1787 Marie Élisabeth Lys, fille du négociant-armateur Daniel Lys, lui aussi protestant et originaire de Saintonge, et de Marie Merzeau. Au contrat de mariage, signé le 20 décembre, Daniel Guestier déclare que ses biens s’élèvent à 150 000 livres, gagnés dans ses activités maritimes. Sa femme lui apporte 24 000 livres de dot, à payer dans les huit jours suivant le mariage. Parmi les amis et relations d’affaires qui signent le contrat de mariage, on peut relever des Johnston, Gledstanes, Brown, des Britanniques, négociants en vins. Daniel Guestier, comme son beau-père, ne manque pas de relations qui lui sont fort utiles dans ses affaires, et a enfin des moyens suffisants pour armer lui-même des bâtiments et engager d’autres marins qui navigueront pour lui.

Comme bien d’autres, il est sans doute heureux de quitter ce métier fatigant et dangereux pour une activité moins rude et plus rémunératrice mais nécessitant des capitaux importants. Il sera désormais négociant-armateur. Il arme notamment L’Hirondelle, La Belle Poule, La Nancy, La Petite Nancy, L’Impératrice-Reine. Pendant toute sa longue carrière d’armateur, ses navires partent principalement pour les Antilles et pour l’Océan Indien, malgré les guerres de la Révolution et de l’Empire. À l’étroit dans la maison de son père, rue du Cerf-Volant, dans la vieille ville, il s’installe au 35, pavé des Chartrons. Il achète à Saint-Domingue une plantation de café qu’il confie à son jeune frère, Pierre-Auguste.

Vers 1796, Daniel Guestier commence à faire des affaires avec Hugh Barton, un négociant britannique dont la famille est installée à Bordeaux depuis 1725, et qui a épousé en 1791 Anna Johnston, fille du négociant bordelais d’origine irlandaise Nathaniel Johnston. Hugh Barton a été arrêté et emprisonné le 14 octobre 1793, comme tous les Britanniques, en exécution d’un décret de la Convention parce que suspects d’intelligence avec l’ennemi, la France étant à nouveau en guerre contre l’Angleterre depuis deux ans. Il a été libéré le 15 décembre suivant, par décision d’Ysabeau, délégué de la Convention à Bordeaux. Le comité révolutionnaire de surveillance de Bordeaux entérine cette libération en février 1794. Hugh en profite pour fuir la France et s’installe en Irlande, où il lui est d’autant plus facile de faire des affaires qu’il a désormais avec son nouvel ami Daniel Guestier un correspondant à Bordeaux qui a toute sa confiance. Le premier août 1802, cette relation d’affaires, devenue de plus en plus importante pour chacun des deux amis, est entérinée sous la forme d’une société, Barton & Guestier, appelée à devenir une des plus importantes et des plus durables maisons de vins de Bordeaux.

Daniel Guestier est élu président de la Chambre de commerce de Bordeaux de 1807 à 1812 et à nouveau de 1814 à 1816. Chevalier de la Légion d’honneur, il est décoré de la Croix du Lys en juillet 1814 et Louis XVIII le fait baron en 1816. Il achète en 1818 le domaine de Batailley, à Pauillac, et deux ans plus tard une maison de campagne à Talence. Il fonde en 1818 avec Balguerie-Stuttenberg, Paul Portal et William Johnston la Banque de Bordeaux dont il prend aussitôt la direction. Cette banque deviendra par la suite une succursale de la Banque de France. À la même époque, il est avec Balguerie-Stuttenberg l’un des principaux artisans de la reprise des travaux du Pont de Pierre, à Bordeaux. Vers 1820, il s’associe avec Nathaniel Johnston pour mettre en place un service de navigation à vapeur sur la Garonne, la Dordogne et la Gironde. Il est aussi actionnaire de la société de navigation du Dropt, d’une compagnie de bateaux à vapeur pour la pêche, d’un moulin à vapeur, du café de la Comédie, de bains publics, et il commandite le Grand-Théâtre et le Théâtre des Variétés. Il place aussi son argent dans quelques immeubles en ville, notamment à côté de chez lui, sur le pavé des Chartrons.

Comblé d’honneurs après une vie bien remplie, Daniel Guestier meurt dans sa maison du 35, pavé des Chartrons, le 6 septembre 1847.

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Descendant SAR: Jean-Mathieu ROBINE (rédacteur)