MOBI-SNALC

Triple dispositif dédié aux adhérents du SNALC :
- Prévention et Rémédiation de la Souffrance au Travail (PRST)
- Aide au Développement Personnel (ADP)
- Conseil en Evolution Professionnelle (CEP)

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Leurs motivations

Ces professeurs enseignent ou ont enseigné. Ils ont été des usagers de Mobi-Snalc, des professeurs adhérents de notre syndicat, qui ont exprimé les motivations qui les ont conduit vers le métier de professeur, avant de chercher quelques années ou décennies plus tard, à vouloir le quitter.

Ainsi pouvez-vous mieux évaluer, entre la vocation de départ et l'expérimentation du métier, quelles ont été les désillusions des uns et des autres selon le niveau d'enseignement et la discipline choisis, afin de mieux forger votre jugement sur le métier que vous souhaitez exercer.

En effet, nous préférons agir par prévention des difficultés, que par remédiation.

C'est important, avant de chercher à devenir professeur de déterminer ce qui, dans votre personnalité, pourrait rapidement vous placer en difficulté face à vos élèves, à leurs parents, à vos futurs collègues ou avec votre hiérarchie.

Leurs motivations à entrer puis sortir du métier de professeur:

PROFESSEUR DE PHYSIQUE-CHIMIE DE 23 ANS

J’ai voulu faire ce métier car j’aimais bien apprendre aux autres. J’aime bien la physique-chimie.

1 an plus tard…

J’ai idéalisé ce métier. Je le voyais, moi, en tant qu’élève sérieuse. Aujourd’hui je vois que ce n’est pas du tout ça. J’en ai assez de parler dans le vide et d’être face à des élèves qui n’en ont rien à faire et qui se battent entre eux ou s’insultent sans arrêt. J’ai envie de fuir. Je n’aime pas ce que je fais. Je vais travailler à reculons. Ce n’est pas fait pour moi. J’ai cette idée en tête depuis déjà plusieurs mois.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 26 ANS

J’ai toujours souhaité transmettre des connaissances, voir évoluer les enfants, travailler avec des enfants car j’ai un bon relationnel avec eux et aime les voir s’épanouir et grandir. Je souhaitais devenir maître G au sein du RASED, mais ma conseillère pédagogique m’a expliqué qu’il me faudrait un certain nombre d’années avant de pouvoir y prétendre et que j’étais trop investie et atteinte par les problèmes personnels des élèves pour pouvoir exercer ce métier sans en souffrir.

Je n’ai jamais été certaine de pouvoir exercer ce métier toute ma vie et ai vite réalisé que la confrontation à un groupe de 25-30 élèves était difficile : je n’aime pas gérer un groupe, j’ai sans-cesse peur des débordements et gère souvent assez mal ces derniers.

Je me suis laissé une porte ouverte au cas où je ne parvenais pas à poursuivre en tant que professeur des écoles : j’ai choisi de faire des études de ressources humaines avant le master. Mais je me retrouve aujourd’hui confrontée à un manque d’expérience.

2 ans plus tard…

Je souhaite changer de métier car je n’aime pas la gestion de groupe, je m’y sens mal à l’aise et cela me met dans des états de stress trop importants.

En outre, je trouve qu’il faut sans-cesse gérer plusieurs choses à la fois, ce qui est fatigant : répondre au mots dans les carnets de correspondance, appeler les parents des élèves malades, faire distribuer des mots importants, gérer l’administratif (qui a rendu ou non la monnaie pour telle ou telle sortie, pour la photo de classe, les relances, etc), gérer la différenciation, faire la « police » sans-cesse, régler les conflits, corriger rapidement pour pouvoir rendre en temps et en heure les cahiers / leçons… J’ai presque l’impression que ma casquette d’enseignante est devenue secondaire.

Je prends rarement plaisir à enseigner car les sollicitations incessantes m’épuisent. Sans parler du travail que l’on ramène chez soi tous les soirs, tous les week-ends et même pendant les vacances scolaires (y compris l’été lorsque l’on sait déjà son niveau de classe).

Je suis suivie à l’extérieur par une psychiatre pour des troubles de la personnalité et notamment un gros trouble anxieux, alors que j’étais très bien avant d’arriver dans ce métier. Cela me restreint dans mes choix de carrière car je cherche un travail où la pression ne sera pas trop présente, pour éviter de faire des burn-out à répétition.

Je suis prête à démissionner s’il le faut pour obtenir un tel poste. Je suis également prête à reprendre un an d’études en alternance pour me faire de l’expérience.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 26 ANS

Devenir professeur des écoles n'a jamais été une vraie vocation. Je n'ai jamais su réellement quoi faire comme métier. Une fois ma licence obtenue, les débouchés étant réduits, je me suis tournée vers l'enseignement pour plusieurs raisons :  le fait que ce soit un métier de la fonction publique a fortement pesé dans la balance. De plus, je n'aimais pas les métiers accessibles avec ma licence et ce métier était tout de même accessible avec les études que j'avais amorcées et surtout l'IUFM était proche de chez moi, j'avais fait des stages d'observation qui m'avaient plus ou moins plu et j'avais gardé un bon souvenir du temps où j'étais moi-même à l'école.  Enfin, j'ai le goût personnel d'apprendre de nouvelles choses. Tout cela mêlé, je me suis lancée dans l'expérience en me disant qu'après tout ça pouvait peut-être me plaire mais j'ai préféré m'orienter vers un public jeune car je pensais que la discipline serait plus simple à gérer et je ne voulais pas me spécialiser dans une seule matière. En outre, le fait de ne pouvoir être mutée que dans le département et non pas dans toute la France a conforté mon choix.

Ensuite, après avoir plus ou moins mal vécu ma 1re année, j'ai choisi d'exercer des fonctions de remplaçante ZIL (Brigade) pour éviter de voir les mêmes élèves au quotidien toute l'année. Sur ce point, j'ai préféré le métier mais la relation avec les élèves n'était pas simple et toujours avoir le stress du matin de savoir où on va être envoyé, de devoir improviser a été dur pour moi, j'ai donc opté pour un compromis en tant que titulaire de secteur (je prépare ma classe, les élèves me connaissent un minimum pour autant je ne les vois pas tous les jours, je peux souffler).

3 ans plus tard…

Il est déjà temps pour moi de changer de métier, car ce métier détruit ma vie au quotidien.

Depuis que je suis professeur, je ne vis plus je survis. Je suis là à barrer les jours à compter les jours avant les vacances et je pense que ce n'est pas bon signe. Je vis avec la boule au ventre au quotidien.

Il y a deux gros points noirs surtout que je souhaite gommer en changeant de fonction : arrêter de passer ma vie à travailler je ne veux plus sacrifier mes soirées, mes weekends, mes vacances à travailler.

Je veux qu'en rentrant chez moi je puisse déconnecter, prendre du temps pour moi. Et ensuite arrêter de devoir faire le gendarme auprès des élèves. Le contact avec les élèves est de plus en plus dur à vivre surtout si en plus je suis en maternelle. Je pense qu'il est donc profitable aussi bien pour eux que pour moi que je change de fonction.

Je suis irritable au quotidien, stressée, en colère d'être là, j'ai perdu ma joie de vivre, je pleure souvent avant de partir ou en rentrant, je suis épuisée physiquement et mentalement ; j'ai des problèmes psychologiques et physiques que je n’avais pas eu auparavant. (Côlon irritable, crises d'angoisse, manque de concentration) ; j'ai même dû prendre des antidépresseurs ; Je suis suivie par un psychologue alors que j’allais très bien avant d’enseigner, j'essaie de me remettre au sport pour décompresser un peu. A la médecine de prévention de mon rectorat on m'a conseillée de demander une Reconnaissance de travailleuse handicapée, moi qui il y a 3 ans était en pleine forme.

Je ne veux plus enseigner, être face à des élèves au quotidien.

 

PROFESSEUR DE PHYSIQUE-CHIMIE DE 30 ANS

Je suis devenue enseignante par désir :

-d’aider, faire évoluer des personnes (en difficultés).

-de conseiller en tant qu’expert d’un domaine, de la pédagogie.

- d’être utile aux autres.

-d’exercer un métier dynamique et proactif. Aspect créatif (recherche de support, d’idées).

-d’un goût très prononcé pour la pédagogie (vulgarisation de notions, élaboration de cours, de support de cours, et supports numériques...)

-d’un manque de connaissance de l’ensemble des opportunités de métiers (choix du métier de professeur comme solution de « facilité » car famille de professeurs)

-de la possibilité d’organiser mon temps de travail.

-de la sécurité de l’emploi.

3 ans plus tard…

Dans ma discipline le travail est énorme, j’ai 13 classes et 350 élèves chaque année qu’il est long et difficile de connaître rapidement, des classes surchargées et non dédoublées pour les séances de travaux expérimentaux, une surcharge de documents « administratifs » et de procédures à gérer, un manque de personnel encadrant, une surcharge de travail : week-end et soirée passées à travailler, matériel du laboratoire défaillant et difficulté de le renouveler par manque de moyen.

Je ressens une perte d’énergie, un épuisement, un stress permanent et une exploitation partielle de mes compétences avec une infantilisation de la part de la direction, des supérieurs. Un manque de confiance. Un manque de possibilités d’évolution, de mobilité géographique.

Je suis actuellement suivie par un psychiatre afin de m’aider à gérer l’épuisement, et le stress généralisé (crises d’angoisse en fin d’année précédente) alors que j’étais en parfaite santé en entrant dans ce métier.

 

PROFESSEUR D’ARTS-PLASTIQUE DE 31 ANS

Exercer ce métier de professeur c’était transmettre des connaissances, aider les élèves à grandir.

2 ans plus tard…

Je subis un harcèlement moral de la part des inspecteurs, pour eux je n’ai aucune compétence et c’est pour cette raison qu’il refuse la titularisation. J’ai envisagé une formation pour enseigner dans les écoles Montessori, car j’aime enseigner.

 

PROFESSEUR DE LETTRES MODERNES DE 31 ANS

J’avais fait des études de Lettres, et le concours apparaissait dans la droite ligne des études. Je trouvais le métier particulièrement commode par rapport à mon projet de famille futur. J’aime transmettre et éduquer.

8 ans plus tard…

J’ai rencontré des problèmes avec les parents d’une classe il y a quelques années, et en même temps des difficultés avec un supérieur hiérarchique (harcèlement). Mes absences relatives à mes problèmes de santé (accident de la route grave, opérations) m’ont été reprochées et ma note administrative a été conséquemment baissée. L’établissement où je travaille est très difficile et mes problèmes de santé rendent l’exercice dans ces conditions extrêmement pénible.

C’est une des principales raisons qui m’a amenée à souhaiter évoluer. Je pourrai continuer à enseigner si ces difficultés se résolvaient.

 

PROFESSEUR DE LETTRES CLASSIQUES DE 32 ANS

J’ai souhaité devenir professeur de lettres classiques au collège lorsque je voyais mon propre professeur exercer. J’étais fasciné par mon enseignant. Au fil des années ce choix s’est confirmé et je n’ai jamais changé d’ambition tout au long de mes études.  Je voulais à tout prix transmettre le savoir et faire goûter aux autres la passion des lettres qui m’animait depuis bien longtemps : éveiller à la beauté, à la sensibilité, à l’esthétique et aux grandes notions qui traversent toute la création littéraire création ne pouvant être dissociée de te toute approche contextuelle humaine et historique. Je souhaitais aussi transmettre une forme de rigueur d’esprit, ainsi que de culture générale solide aux élèves afin de leur permettre de grandir avec intelligence et de se former pour leur avenir.

8 ans plus tard…

Je souhaite changer de métier ou du moins de fonction car de nombreux éléments entrent en ligne de compte.

 Au premier chef vient tout d’abord le fait que je trouve plus dans les nouvelles directives une forme de savoir ou d’exigence à réellement transmettre et je trouve que mon métier se vide peu à peu de son sens : nous sommes confrontés à des élèves qui ne semblent plus intéressés par ce que nous pouvons proposer et notre direction semble aller dans leur sens et non dans le nôtre.

Au second chef je trouve que notre profession est de plus en plus exposée à la vindicte des parents d’élèves qui ne nous considèrent plus et qui peuvent nous adresser nombres de reproches sans que nous soyons soutenus par notre hiérarchie directe ou rectorale. Outre cela, nous sommes confrontés à de nombreuses incivilités contre lesquelles nous ne pouvons souvent rien et à laquelle une réponse ironique de notre part nous est bien souvent reprochée et pour en avoir fait l’expérience certains ne se gênent pas pour lancer de véritables cabales.

 Je me sens désormais en réel décalage avec les directives et les exigences réelles que notre vocation d’éducateur nous dicte.

Enfin plus de ce peu de considération, je souffre du manque d’évolution de carrière dont nous faisons l’objet et qui nous chosifie et bride nos ambitions qui souvent sont condamnées ou montrées du doigt. Cette absence d’évolution se matérialise par une absence de possibilité d’évolution financière qui devient pesante si bien que mon salaire ne me permet pas de pouvoir faire vivre correctement ma famille.

Je me suis décidé à entamer cette démarche que je comptais envisager dans un avenir proche car je suis harcelé par des parents d’élèves, ça me pèse beaucoup et me pousse à envisager une reconversion.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 33 ANS

Au départ, comme beaucoup de jeunes après le bac, je ne savais pas précisément quel métier exercer. J’étais intéressée par la mode, le dessin, les langues et le commerce. Mes parents ayant refusé de financer une école de commerce, j’ai suivi (bien trop) docilement leurs conseils en entamant des études de Lettres Modernes. Lassée par les Lettres, je me suis réorientée au bout d’un an vers des études de Musicologie. Avec de nombreuses années de conservatoire derrière moi, j’avais pensé que ce domaine m’aurait convenu davantage. Mais une fois passé l’attrait de la nouveauté, ces études m’ont vite ennuyée. Je suis allée jusqu’en Licence (ancienne « Licence 3 ») uniquement pour valider un diplôme d’études supérieures. Puis je me suis à nouveau retrouvée sans projet professionnel.

J’ai alors choisi de devenir professeure des écoles car le concours me semblait accessible et parce que j’avais un très bon contact avec les enfants. C’est donc plus ou moins un choix par défaut qui m’a poussée vers l’enseignement et non une réelle vocation. A l’origine je ne pensais pas exercer ce métier toute ma vie. Il me semblait que c’était une solution rapide pour commencer une vie professionnelle.

9 ans plus tard…

Je souhaite changer de métier parce que je n’ai plus la motivation suffisante pour l’exercer correctement.

Lorsque j’ai commencé à enseigner, j’étais prête à développer sans cesse de nouveaux projets dans mon établissement. Je travaillais de nombreuses heures tous les soirs et week-ends à chercher de nouvelles manières d’améliorer ma pratique pédagogique. Je me suis débrouillée pour participer à des projets. J’ai enseigné dans plusieurs niveaux différents, j’ai expérimenté de plus ou moins grands établissements, avec des publics d’élèves très disparates…

Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir fait le tour du métier. Je n’ai plus du tout la motivation pour améliorer le contenu de mes séances ou développer des projets dans l’école. Je ressens un ennui profond dans mon quotidien professionnel. Je suis lassée par la routine des programmes scolaires, par la rigidité des horaires de travail, par les réformes successives souvent stériles, par les systèmes d’évaluation des élèves souvent archaïques, par ce manque de reconnaissance (ô combien injuste !!!) de la part de notre société...

Je n’en peux plus du manque de flexibilité de ces vacances scolaires déterminées des années lumières à l’avance. Je suis également lassée de tant travailler pour un salaire si faible… L’élément le plus critique réside dans le fait que je n’ai plus du tout le désir de travailler avec des enfants.

 Je ressens un profond besoin d’échanger davantage avec des adultes au quotidien, un besoin d’émulation intellectuelle, pourquoi pas de prise de risques, de changer de responsabilités (pourquoi pas en avoir plus, ou moins, mais différentes en tous cas). Je souhaite donc vivement sortir de l’univers de la classe. Par ailleurs, je recherche un métier où il serait (peut-être) moins difficile de compartimenter le temps de travail et le temps personnel. Même après 10 ans d’expérience, j’ai beaucoup de mal à les dissocier.

Soit je travaille trop à la maison, et je délaisse le privé, soit je ne travaille plus assez pour la classe et accorde trop de temps à mes loisirs, au risque d’offrir un enseignement moins intéressant à mes petits élèves. Pour terminer, je parlerai de l’essentiel : l’évolution. Le fait d’envisager le poste de chef d’établissement comme l’unique progression possible dans la carrière d’un enseignant me semble invraisemblable quand on sait qu’il existe des milliers d’emplois différents au sein des autres ministères (et dans lesquels nous pourrions être bons !). Je désire donc progresser en diversifiant mes compétences, en explorant d’autres univers professionnels, en travaillant avec de nouvelles personnes, de nouveaux outils, de nouvelles méthodes….

Je souhaite aujourd’hui quitter définitivement l’enseignement.

 

PROFESSEUR DOCUMENTALISTE DE 33 ANS

Je souhaitais au début véritablement lier pédagogie et métiers du livre. C’est la raison pour laquelle j’ai passé le capes de documentation, au lieu de passer les concours des bibliothèques.

9 ans plus tard…

Mon emploi ne me plaît plus et la lourdeur des mutations, des décisions arbitraires de l’administration et surtout l’infantilisation d’un système de points et d’inspection ridicules me conduisent à vouloir changer.

 

PROFESSEUR D’ITALIEN DE 35 ANS

J’aimais l’idée de transmettre et j’aime expliquer comment fonctionnent les choses. J’aimais être face à des jeunes (je faisais beaucoup de babysitting et d’aide aux devoirs quand j’étais étudiante). J’aimais décortiquer des documents, les analyser pour en dégager des idées.

J’aimais la liberté liée à l’enseignement : travailler chez soi, gérer son temps de travail, mettre en œuvre mon enseignement plus ou moins comme je l’entendais. J’appréciais de me projeter à court, moyen ou long terme (ajuster un cours d’un jour à l’autre, monter toute une séquence, préparer un voyage).

Et d’un autre côté, je dois bien avouer deux choses. Tout d’abord quand j’ai choisi de poursuivre mes études en italien, je me suis vite aperçue que les débouchés étaient rares. Ensuite, j’avais tout simplement très peu d’idées de ce que je voulais faire et très peu de notions de ce que j’aurais pu faire (et je le regrette fort aujourd’hui).

9 ans plus tard…

J’en ai marre de me battre avec des élèves qui n’ont rien d’autre à faire que chercher la bagarre avec leur professeur, faute de pouvoir se rebeller ailleurs. Oui, j’en ai marre de passer du temps à préparer des cours pour des élèves qui ne sont pas prêts à les suivre.

Mais aujourd’hui je n’ai plus la même chef, mon inspectrice se moque bien de ce que je peux faire, l’espagnol est enfin enseigné dans mon lycée et je veux toujours évoluer. Donc non, ces conflits ne sont pas la raison qui me donne envie de me reconvertir, ou pas la seule raison. Il y a tellement d’autres raisons qui me donnent envie de changer, des raisons positives si je puis dire.

Je n’ai obtenu aucune aide du conseiller mobilité de mon académie. Apparemment je parlais à une psychologue qui m‘a conseillé de contacter mon inspectrice (sic) ou de demander ma mutation.

C’est fou quand même quand j’y pense car je lui avais bien dit que je voulais faire autre chose, comme si ce n’était pas crédible et qu’un prof qui veuille faire autre chose, c’est juste parce qu’il a des problèmes avec ses élèves et qu’une mutation changerait tout…

Je suis complètement décomplexée à ce sujet (me reconvertir) : je dis à qui veut bien l’entendre que je ne veux plus faire ce métier pour 1000 et une raisons et que plein d’autres choses m’intéressent.

Ma seule crainte est de ne rien trouver d’autre. Il est clair que de nombreux aspects du métier me sont devenus insupportables et que je ne retire que peu de satisfactions personnelles de mon métier, mais aujourd’hui en parlant de mon projet à mon conjoint ou à mon entourage, en m’intéressant aux métiers de mes amis ou connaissances (pour mieux connaître le monde qui m’entoure, savoir quels sont les métiers qui existent au final) je me rends compte que j’ai vraiment envie de faire d’autres choses, de découvrir d’autres environnements professionnels, d’autres manières de travailler, que je ne vois cette décision d’évoluer que comme LA bonne décision.

Je me donne ou trois ans pour trouver, je pense que c’est raisonnable.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 36 ANS

Après réflexion, j’ai réalisé que je m’étais dirigée vers le métier d’enseignante pour de mauvaises raisons à la suite d’une grave agression. Il me parait clair maintenant que je ne souhaitais pas travailler avec des adultes mais plutôt avec des enfants. Inconsciemment, je trouvais cela beaucoup plus sécurisant.

7 ans plus tard…

J’ai eu en début de carrière des problèmes à me faire respecter et à m’imposer en classe. De plus, le statut de brigade départementale est assez ingrat et peut-être mal perçu par les collègues titulaires de postes fixes. Cela a pu se traduire fréquemment par un manque de soutien voire une culpabilisation quant au comportement de certains élèves ou parents.

Je suis remplaçante depuis le début de ma carrière. J’imagine que cela n’a pas contribué à ce que je trouve ma place en tant qu’enseignante. J’ai désormais atteint un point de saturation (de dégoût ?) dont l’obtention d’un poste fixe ne pourra me défaire. En tout cas, je ne le pense pas.

J’ai rencontré la conseillère mobilité de mon académie qui a été très peu à mon écoute (la quasi-totalité de mes mails est restée sans réponse). Elle ne m’a dirigé que vers le passage des concours administratifs sans revenir vers moi pour en connaitre la finalité. J’ai voulu faire un bilan de compétences mais la conseillère en mobilité que j’ai rencontrée m’en a dissuadé en me disant que c’était long et peu indiqué. J’ai aussi fait une demande de congé de formation en janvier 2017 qui a été refusée.

Au-delà d’une fuite, je ne me sens pas à ma place en classe. J’ai l’impression que le métier d’enseignant m’empêche d’évoluer vers les choses que j’ai vraiment envie de réaliser.

 

PROFESSEUR DE LETTRES MODERNES DE 36 ANS

Initialement, l’amour de la littérature et un intérêt marqué pour la linguistique m’ont conduit à envisager le métier d’enseignant puis à passer le Capes. Au fil de mes années d’enseignement, j’ai trouvé, dans les réalités sociales et humaines auxquelles ce métier nous confronte, des motivations plus profondes que celles que j’ai précédemment mentionnées. L’usage quotidien de la technologie par les élèves, leur immersion permanente dans un discours médiatique confus et inarticulé m’ont fait voir dans l’objet même de ma discipline, la littérature, un refuge à ces maux précis. Leur faire comprendre que les grands textes, dans leur rigueur, dans leur recherche formelle et esthétique et surtout dans leur unité et leur continuité, contribuent à la construction d’un regard sensé, apaisé, raisonné et distancé sur le monde : tel est encore l’objectif, ambitieux je l’admets, qui guide la construction de mes cours.

10 ans plus tard…

Au terme de dix années d’enseignement, je déplore, comme beaucoup d’enseignants, les difficiles conditions de travail: trop grande hétérogénéité des classes, et tout ce qui en résulte (incapacité à aider les élèves faibles comme les élèves doués, pénalisation de facto des élèves motivés et méritants qui subissent les incivilités et le bavardage de quelques-uns…), nécessité de faire souvent de la discipline, mais aussi les conséquences néfastes de réformes dont l’esprit pervers semble consister dans l’abandon progressif mais de plus en plus affirmé de l’idée de transmission des connaissances par un maître passionné et dont la seule et bien suffisante légitimité est celle de son savoir.  En termes plus simples, l’impression que ce que l’on est censé faire et ce que l’on a toujours voulu faire est rendu de plus en plus infaisable.

J’éprouve aussi l’envie de m’adresser à un autre public, plus volontaire et plus adulte.

D’un point de vue plus personnel, j’ai le sentiment d’avoir fait le tour d’une pratique : l’élaboration des cours et leur divulgation dans mes classes. Cette pratique, prenante et passionnante, mais néanmoins répétitive, ne me permet pas de combler un besoin très prononcé de partager des idées, de proposer des perspectives collectives, de contribuer à l’organisation et au fonctionnement d’un groupe humain.

 

PROFESSEUR D’EPS DE 37 ANS

J’ai réalisé des études en Staps car j’ai baigné toute mon enfance et adolescence dans la pratique sportive, et je pensais que ce métier m’offrirait la possibilité de concilier temps libre et activité professionnelle plaisante.

13 ans plus tard…

Je ne me suis jamais épanoui ni accompli professionnellement dans l’exercice de ce métier. Je l’ai choisi par facilité et représentation erronée. Je ne suis pas satisfait de nos perspectives d’évolution quasi inexistantes, de ma rémunération, d’être un pion dans l’échiquier absurde des rouages de notre système de mutation, des conditions d’exercice de ce métier auprès d’un public scolaire de plus en plus difficile et non entrainant, rendant nos interventions dénuées de sens !

J’ai tenté depuis 10 ans d’évoluer méritocratiquement en passant des diplômes complémentaires afin de bénéficier d’une légitimité certificative, tout en m’engageant dans des vacations extra-scolaires pour épaissir mon parcours professionnel (Université, Grandes Ecoles, clubs...).

Je suis dans une impasse professionnelle et je dois opérer un ou des choix rapidement.

 

PROFESSEUR DE LETTRES MODERNES DE 37 ANS

Je n’ai pas vraiment choisi ce métier. Ayant été une excellente élève dans le secondaire, j’ai été orientée en CPGE. C’est alors que le métier d’enseignant s’est plus ou moins imposé à moi, faute de débouchés réels ou supposés dans la filière lettres que j’avais choisie.

Sur le papier, ce métier ne me déplaisait pas pour autant. J’ai toujours aimé étudier et il me semblait qu’en devenant enseignante, j’allais pouvoir exercer une profession exigeante et stimulante intellectuellement. Mon expérience professionnelle a très vite apporté un sérieux démenti à cette représentation. J’ai par ailleurs commis des erreurs stratégiques que j’estime lourdes de conséquences, notamment celle d’avoir passé le Capes au lieu de l’Agrégation alors que mon parcours dans le supérieur justifiait que je me présente prioritairement à ce concours.

15 ans plus tard…

Depuis trois ans, j’ai des relations particulièrement tendues avec le chef d’établissement. Même si je parviens à travailler dans le calme, je trouve particulièrement usant de devoir agir en éducateur et je suis profondément lassée de travailler avec un public d’adolescents.

Si je ne devais aucunement agir en éducateur, c’est-à-dire ne plus enseigner dans le secondaire, le métier de professeur pourrait m’intéresser, je dis bien « pourrait » car il y a bien d’autres aspects du métier qui me rebutent à l’heure actuelle (sentiment de déclassement, interaction permanente avec un public alors que j’aimerais idéalement travailler seule et dans le calme, etc.).

J’ai eu un rendez-vous avec la conseillère en mobilité de mon académie. Son discours a été très négatif. Elle m’a dit assez sincèrement que je ne devais pas me faire d’illusions quant à mes options de reconversion. L’IPR est resté indifférent lorsque j’ai exprimé mon désir de reconversion à la fin de ma dernière inspection.

Je songe depuis une bonne dizaine d’années à partir pour les raisons suivantes :

-J’ai l’impression que mon métier consiste davantage à agir en éducateur (ce que je déteste) qu’en enseignant.

-Je n’aime pas interagir avec les adolescents.

-Je n’aime pas parler toute la journée, communiquer en permanence.

-Je suis lassée de l’hostilité du public et de la société en général vis-à-vis des enseignants.

-Je n’ai jamais eu l’impression d’être un fonctionnaire de catégorie A. J’ai l’impression de n’être qu’un exécutant.

Je cherche à quitter un métier qui n’a en réalité jamais correspondu aux représentations que je m’étais faites à son sujet.

En 15 années d’exercice, j’ai également connu de nombreuses dégradations dans mes conditions de travail (mépris, nécessité de se justifier en permanence, contenus d’enseignement absurdes, salaire trop bas, absence d’évolution de carrière, etc.) Pour employer une formule un peu caricaturale, je veux quitter le navire avant qu’il ne sombre (…) et démissionner…En ce sens, il y a peut-être quelque chose qui ressemble à une fuite.

 

PROFESSEUR DE LETTRES MODERNES DE 37 ANS

A l’origine, je ne pensais pas faire ce métier, le contact avec les adolescents m’effrayait. Puis, après avoir passé mon CAPES plus par nécessité d’autonomie (aide financière de mes parents) que par vocation, j’ai découvert que bien des caractéristiques de ce métier me convenaient : la liberté d’exercice et de pédagogie, le temps libre qui me permet de me consacrer à ma passion (la musique), l’amour de la langue et de la littérature, l’échange avec les élèves et le plaisir de leur transmettre.

7 ans plus tard…

Ayant exercé durant 7 ans dans des établissements difficiles et depuis 3 ans dans des collèges REP et REP+ de la capitale, je souffre au quotidien des incivilités, de l’insolence, du mépris et de la haine de certains élèves.

J’ai beaucoup souffert ces dernières années de harcèlements de la part d’élèves, de provocations liées aux attentats et à l’islam, de diffamations ineptes mais outrageantes.

Je souffre quotidiennement du vent communautariste qui souffle sur les écoles publiques des quartiers populaires où j’exerce, où les parents exigeants (et notamment les Français non issus de l’immigration) refusent désormais de scolariser leurs enfants, où de nombreux élèves affichent avec arrogance leur mépris (voire leur haine) pour la France, ses institutions et ses agents, sa culture et sa langue.

 

PROFESSEUR DE MATHEMATIQUES DE 41 ANS

J’ai toujours voulu être institutrice depuis mon enfance. Je me suis tournée vers prof de maths car c’est la matière dans laquelle j’étais la meilleure et le fait de devoir pratiquer plusieurs matières en primaire ne me plaisait pas. Je voulais aussi être puéricultrice mais ma mère m’en a dissuadée.

20 ans plus tard…

J’ai changé d’établissement car je ne pouvais plus voir certains collègues et que le principal m’avait bien dégoutée de mon métier aussi. Je trouve également les élèves de plus en plus difficiles et mon envie de changer a pris naissance il y a quatre ans. Certains jours sont difficiles et certains élèves insupportables. Je ne m’épanouis plus dans ce métier.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 42 ANS

Globalement, j’ai toujours été animée par 3 « valeurs » ou qualités : la créativité, les relations humaines (l’accompagnement, le partage, l’utilité) et la recherche (de solutions). A 20 ans, au moment de choisir mon orientation (vers l’enseignement), je n’avais pas pleine conscience de ça. J’ai choisi cette voie ne fonction de mes aptitudes et de ces 3 qualités mais aussi en fonction d’un critère de sécurité de l’emploi qui m’a été beaucoup suggéré par mes parents à l’époque. J’aime concevoir, chercher, j’aime co-construire, animer.

19 ans plus tard…

Je souhaite tout d’abord changer de public. Cela fait 19 ans que je travaille 6h par jour avec des enfants qui ont entre 3 et 12 ans, et je souhaite aujourd’hui m’adresser à d’autres publics, plus âgés, jeunes ou adultes.

D’autre part, je souhaite évoluer aujourd’hui dans un autre environnement que celui de l’école (le bâtiment école, la classe, la cour de récré) et je souhaite aussi travailler avec d’autres professionnels que les collègues enseignants, notamment quand il s’agit de le faire au travers de réunions souvent fixées arbitrairement pour le collectif (cadre des 108 heures), ou d’animations pédagogiques qui ne correspondent pas à nos besoins.

Je ne souhaite également plus « enseigner » au sens propre du terme : appliquer un programme d’enseignements, préparer et dispenser des séances d’apprentissage, faire fiches de préparations et cahier journal, dispenser des évaluations, remplir des grilles, des bulletins.

J’ai besoin de davantage de liberté dans mon travail : j’aimerais pouvoir bénéficier de davantage de liberté pour organiser mon temps hebdomadaire, mensuel, voire annuel. J’ai besoin également de davantage de liberté dans le choix des documents avec lesquels je souhaite travailler (supports de préparation, documents contractuels, et autres créations d’outils qui me serviraient réellement).

Enfin, je souhaite être moins soumise à des obligations notifiées par ma hiérarchie (et qui s’appliquent à tous indépendamment de nos besoins respectifs) et davantage libre de me former par exemple via des dispositifs et partenaires que je pourrai choisir au regard de mes besoins et de ceux de mon activité.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 43 ANS

J’ai toujours voulu être enseignante, j’aimais l’idée de transmettre, et je suis passionnée par les langues vivantes en général et par l’espagnol en particulier. J’adorais faire découvrir la culture hispanique et transmettre cette langue. J’aime également le contact avec les jeunes.

21 ans plus tard…

A l’origine je pensais exercer ce métier toute ma vie mais je n’imaginais pas les évolutions qu’il a connues dernièrement. Je n’étais pas très visionnaire certainement.

Il y a 3 ans, j’ai eu une inspection qui s’est mal passée, les critiques les plus notables étaient que j’étais trop « traditionnelle », qu’il ne fallait pas faire un cours « frontal », qu’il ne fallait plus transmettre mais « animer » et laisser les jeunes se débrouiller en groupe. Ce fut un premier choc pour moi, j’ai pris conscience que le métier était en train de changer et qu’on me demandait d’en faire un autre.

Puis en 2016, la réforme des collèges est entrée en vigueur, et depuis j’ai beaucoup de mal à intégrer et à faire face aux diverses injonctions des inspecteurs (EPI/ AP/ ilots…). La charge de travail a augmenté, les tâches sont devenues très administratives (LSU, évaluations par compétences incessantes, cocher des cases…) et de plus j’ai la sensation que les résultats obtenus par les élèves sont de plus en plus faibles.

La réforme en langue a diminué le nombre d’heures par semaine ce qui n’est pas satisfaisant. De plus on nous pousse à faire des évaluations de « complaisance », « adaptées » et j’ai l’impression de mentir aux élèves et aux familles, ce qui m’est insupportable. Bref, j’ai de plus en plus de mal à supporter cette situation au point que j’ai consulté à plusieurs reprises une psychologue car je me suis sentie plusieurs fois proche du Burnout car je ne supporte pas l’idée de mal faire mon travail mais je me sens incapable de faire face aux nouvelles exigences multiples du métier. Cela rend ma vie de famille compliquée car je stresse en permanence même et surtout en vacances et les week-ends. Je rajoute que je n’ai jamais été en arrêt de maladie, je fais tout mon possible pour ne pas pénaliser mes élèves.

Pour finir je n’ai pas de problèmes avec les élèves (gestion de classe) ni avec les familles ni avec mon chef d’Etablissement. Mon principal problème vient de ma perception de mon métier, d’une certaine lassitude.

Je rêve de faire autre chose, un métier moins stressant mais j’avoue que je ne sais vraiment pas quoi car vu ma formation initiale, je ne crois pas avoir beaucoup de possibilités de reconversion.

Un poste administratif me conviendrait peut-être mieux, même pour un salaire inférieur dans un collège ou une autre administration. Le concours de chef d’établissement ne m’intéresse pas du tout. En réalité je suis assez pessimiste sur mes chances de reconversion.

Je n’ai jamais demandé de congé de formation, de toutes façons ils ne sont presque jamais accordés.

 

PROFESSEUR D’EPS DE 43 ANS

C’est dans un premier temps l’attrait pour les activités physiques et sportives pour lesquelles j’étais très à l’aise en tant que pratiquante et qui m’apportaient un épanouissement personnel ; puis ensuite le métier d’enseignante pour à la fois transmettre mes compétences et accompagner les élèves dans leur développement corporel et intellectuel.

Je trouvais également que c’était un métier favorable à une vie de famille équilibrée puisque permettant d’avoir du temps pour élever ses enfants et de les accompagner pleinement pendant leur enfance.

Je savais dès l’école primaire que c’était la profession que je souhaitais exercer et à cette époque probablement pour toute ma vie.

Ensuite en rentrant dans cette carrière, puis après quelques années d’expérience, et en discutant avec les collègues, je me suis rendu compte qu’il serait difficile tant physiquement que psychologiquement de la mener jusqu’à la fin de ma vie professionnelle ; alors je me suis dit que j’exercerais mon métier tant que j’estimerais le faire au mieux et que j’y trouverais de la satisfaction

18 ans plus tard…

Il y a eu une dégradation progressive de mes conditions d’enseignement qui ont générées un mal être profond et une amertume envers l’institution.

J’ai un sentiment d’injustice et d’abandon de la part mon administration qui s’est traduit l’année dernière par une dépression et un traitement par antidépresseur, avec un arrêt de travail pour épuisement professionnel pour lequel je me fais aider par différents professionnels.

Voici quelques raisons pour lesquelles je souhaite changer de métier :

J’occupe un poste qui m’a été imposé par le biais des mutations, et bien qu’ayant fait une demande de révision d’affectation, celle-ci n’a pas abouti et le rectorat m’a dit que je n’avais pas le choix qu’il fallait prendre le poste. Je me retrouve éloignée de 30km de mon domicile et ai repris à temps partiel pour limiter mes déplacements.

Je dois enseigner en collège sans aucun bilan ni accompagnement de ma hiérarchie ou de l’institution.

Je subi la dégradation des conditions d’enseignement avec des classes à effectifs chargés, l’inclusion d’élèves en difficultés cognitives, la présence en classe standard d’élèves qui n’ont pas obtenu de place dans d’autres structures type ULIS ou SEGPA, des élèves avec des problèmes comportementaux et psychologiques qui dépassent le cadre de ma fonction mais que je dois malgré tout prendre en charge.

Assez éprouvée physiquement et moralement, j’envisage la mise en disponibilité pour ne pas reprendre à la rentrée et ainsi m’éloigner de l’enseignement et pouvoir mener à terme ma réorientation professionnelle.

 

PROFESSEUR D’ANGLAIS DE 43 ANS

Je me suis laissé porter par le courant : j'ai fait de longues études par goût - une classe prépa pour continuer autant de matières que possibles, puis je me suis retrouvée à l'ENS, et comme tout le monde y passait l'agrégation, je l'ai passée aussi !

Mais enseigner me plaît beaucoup … à condition d'avoir de vrais élèves, pas des gens qui viennent en cours juste pour ne pas être notés absents.

15 ans plus tard…

Je serais prête à gagner moins d'argent mais à condition de travailler BEAUCOUP MOINS : c'est en fait l'un de mes objectifs à terme.  Car je n'en peux plus de travailler 6 jours sur 7 matin, après-midi et soir (voire 7 jours sur 7, quoique plus modérément le week-end), et une bonne partie des petites vacances scolaires. Et je trouve que la plupart des élèves d'aujourd'hui ne méritent vraiment pas tant de dévouement car eux ne font pas la moitié du chemin, et je suis de plus en plus souvent déçue par leur manque d'investissement après toute l'énergie et l'enthousiasme que j'ai mis dans la préparation de chaque séquence.

Je n'ai pas la moindre autorité naturelle, donc j'ai de plus en plus souvent des problèmes de bavardages, d'absence de travail…. Ce que j'arrive à obtenir de mes élèves, c'est souvent une concession qu'ils me font parce qu'ils m'aiment bien dans l'ensemble et me respectent à peu près ; mais dans un contexte où ne pas travailler est devenu la norme pour les élèves (dans mon lycée en tout cas), je n'arrive plus tellement à les faire travailler ni progresser (à part les premières S et Terminales S, et dans les autres sections une minorité d'irréductibles gaulois qui eux, travaillent) et c'est devenu très frustrant. Je ne le supporte plus.

Je n'ai pas fait 10 ans d'études pour faire du baby-sitting.

La dégringolade du niveau me désespère, je n'arrive pas à l'accepter, mais je constate que je n'y peux rien à ma petite échelle, car tous les moyens de pression que nous avions sur les élèves nous ont été retirés un à un. Tout est fait au contraire pour encourager la fainéantise et la médiocrité. Et l'écart entre ce que je voudrais enseigner à mes élèves et ce que je peux effectivement obtenir n'est plus tenable. J'enseigne maintenant en première et terminale des choses que j'ai apprises au collège, et les élèves ratent quand même lamentablement les contrôles, et prétendent que "c'est trop difficile". Je ne vois pas comment je peux baisser encore davantage mes exigences, et n'en ai pas/plus le désir.

Le problème est que faire la discipline ne m'intéresse pas du tout (j'ai la flemme de mettre des punitions et de m'y tenir par exemple)

Cela ne me gêne pourtant pas d'avoir des élèves de niveau moyen ou faible… à condition qu'ils soient a minima motivés pour progresser.

Je suppose que si je pouvais d'un seul coup obtenir beaucoup plus de concentration et de travail de mes élèves, ça me plairait de continuer à enseigner à la fois au niveau lycée et au niveau CPGE, mais faire la discipline m'ennuie profondément… Maintenant, il est devenu difficile d'obtenir que les élèves apprennent ou rédigent quoi que ce soit.

Chaque réforme ou circulaire nous retire un peu d'autorité et de crédibilité, et nous ajoute encore plus de travail.

Je ne supporte effectivement vraiment plus la situation en lycée, le fait que tout ait été fait pour ce soit maintenant une majorité d'élèves qui bavardent pendant une partie du cours, ne font pas leurs devoirs, révisent à peine pour les contrôles, et poussent des hauts cris dès qu'on leur demande le moindre effort intellectuel.

Il est impossible que la situation s'améliore, elle se détériore au contraire à la vitesse grand V, tout est fait pour retirer toute autorité et toute crédibilité aux profs, et pour ne surtout pas avantager les élèves sérieux et travailleurs par rapports aux fumistes - qui ont maintenant la garantie d'avoir leur bac quels que soient leur niveau et leur comportement.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 43 ANS

Après un congé parental, j 'ai souhaité changer de métier et devenir enseignante. Je pensais que c'était un métier à responsabilités et qui avait du sens. Je souhaitais instruire des enfants et leur transmettre des valeurs. Cela me semblait être un beau projet.

4 ans plus tard…

Je n'ai pas été un professeur en difficulté mais j'ai connu des situations difficiles : élèves en souffrance avec des troubles du comportement, parents en souffrance et dans le déni et la colère contre les institutions scolaires. J'ai subi l'an dernier, de la part de deux parents d'élèves, des intrusions dans l'école, des agressions verbales, des insultes, des menaces.

Même si l'on travaille en équipe et que l'on alerte les réseaux d'aide, le système est très lent à réagir, par manque de moyens (psychologue scolaire et médecin scolaire pas toujours disponibles), et nous nous retrouvons toujours plus ou moins seuls à gérer ces situations difficiles qui nous épuisent à la longue.

Ces situations finissent parfois par s'apaiser avec les réunions d'équipe éducatives mais ces situations sont récurrentes d'années en années.

C'est l'une des raisons (parmi d'autres) qui me pousse à songer à une reconversion.

Je ne souhaite pas informer l'administration de mon projet de mobilité, parce que je n'en suis qu'au tout début de ma réflexion sur une évolution professionnelle. D'autre part je pense que ce serait mal perçu étant donné le fait que je suis débutante dans ce métier.

Je ne pense pas aborder cette mobilité comme une fuite mais je deviens lasse des conditions de travail de ce métier et je commence à me démotiver. Je ne pense pas hélas que les conditions de travail vont aller en s'améliorant.

 

PROFESSEUR D’ANGLAIS DE 43 ANS

L’intérêt pour la littérature et la langue était primordial dans mon choix initial pour devenir professeur, mais je me suis rapidement rendue compte que je ne souhaitais pas exercer ce métier toute ma carrière car je ne suis pas une vraie pédagogue dans le sens où on l’entend maintenant: la manipulation de la langue sans réel apprentissage me semble être inefficace et je reste très attachée à la transmission.

19 ans plus tard…

Les différentes réformes de l’enseignement, le mépris de l’Inspection à mon égard ont progressivement émoussé mon goût pour ce métier. Par ailleurs, en parallèle, j’ai développé (hors Education Nationale) des activités qui m’ont permis de développer des compétences diverses et m’ont permis de prendre conscience que j’avais d’autres aptitudes.

Les récentes évolutions dans ma fonction d’enseignante de langue en lycée ont fini de me démotiver et de créer en moi un certain malaise. De nature anxieuse et perfectionniste, j’ai travaillé sur mes émotions pendant plusieurs années avec des praticiens dans le but de prendre du recul. J’ai opté pour un changement d’établissement (et de niveau) en partie pour des raisons familiales mais aussi afin de retrouver une certaine fraîcheur dans l’enseignement à des débutants.

En soi, je n’ai pas réellement de problème de gestion de classe à part avec des élèves ayant des troubles du comportement. Ces difficultés de gestion m’affectent dans la mesure où je découvre ce type de problématique, un mélange détonnant de violence et d’inappétence scolaire.

 

PROFESSEUR D’ALLEMAND DE 43 ANS

C’est d’abord l’amour de l’allemand qui m’a poussée à l’étudier. Je souhaitais aussi transmettre cet amour de la langue et c’est tout naturellement que je me suis tournée vers son enseignement. En tant qu’élève, je gardais un excellent souvenir de mes années passées en collège et lycée.

Parallèlement, je souhaitais avoir un jour des enfants et je voulais être présente pour eux en fin de journée, le week-end et pendant les vacances. Enfin, le fait d’être fonctionnaire avec la sécurité de l’emploi était aussi séduisant.

18 ans plus tard…

Tout allait bien, jusqu’à ce que la responsable de la surveillance du collège par son manque d’action, fasse se dégrader énormément le climat scolaire. Si tout se passe correctement dans ma classe, le désordre ambiant, le sentiment d’impuissance face aux incivilités et à la violence ambiante a rendu l’ambiance parfois très pesante. Mais c’est surtout l’annonce de la réforme du collège qui m’a rendue triste et en colère. La suppression des heures en sections bilangue et européenne fait que la quasi-totalité des collègues de collège a vu son nombre d’heures réduit et donc les a obligés à compléter leur service sur un 2è établissement. Je me sens coincée sur cette affectation qui se trouve loin de mon domicile. Je souhaiterais pouvoir bouger, mais la tendance est plutôt à la suppression de postes !

Je souhaite donc me réorienter vers un travail où je pourrais faire valoir mes compétences en allemand (enseignement ou non). En détachement ? Avec une mise à disposition ?

 

PROFESSEUR D’ITALIEN DE 44 ANS

J’ai eu deux motivations : mon amour pour la culture italienne et mon amour pour aider les adolescents dans leur épanouissement personnel et d’étudiant.

5 ans plus tard…

J’ai rencontré des difficultés l’année dernière dans les 2 établissements où j’enseignais et je suis toujours en poste : problèmes de discipline, violences verbales et intimidation physique à mon égard de la part de certains élèves.

Quand je me suis mise à pleurer en allant travailler, pour la première fois de ma carrière, j’ai compris que c’était un problème sérieux.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 45 ANS

J’ai choisi tôt de devenir un jour enseignante et c’est en classe de terminale que mon projet s’est précisé :  je souhaitais devenir professeur des écoles. J’ai donc choisi un cursus universitaire qui correspondait à mon Bac et ai obtenu une licence me permettant d’accéder à l’IUFM pour préparer le concours. Cette année-là s’ouvrait le Capet Technologie et l’IUFM offrait une bourse pour intégrer la préparation au concours, j’ai postulé et j’ai intégré la prépa à ce Capet…  Le contenu ne correspondait en rien à ma formation initiale, j’ai beaucoup douté cependant je suis restée… je n’aurais certainement pas dû … car je ne me suis jamais vraiment sentie à ma place dans l’enseignement de cette discipline.

23 ans plus tard…

Mes difficultés ont débuté l’an dernier avec une angoisse grandissante … cela s’est manifesté d’abord par une démotivation et puis au fil des semaines par une phobie réelle du collège et des élèves alors que j’ai toujours eu une grande empathie pour ces derniers ; une grande culpabilité m’a envahi et un grand vide s’est emparé de moi, avec de nombreuses idées noires.

Je n’ai pas envie d’enseigner une autre discipline, je ne vois pas quel concours interne pourrait m’intéresser. J’ai beaucoup réfléchi et chercher des pistes de reconversion ; j’ai trouvé un projet qui me correspondrait.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 45 ANS

A partir du moment où j’ai obtenu ma licence, je me suis dit que je pourrais présenter le concours de professeur des écoles. De plus, j’aime apprendre de nouvelles choses et je souhaitais donner cette envie d’apprendre aux enfants. Enfin, étant mariée à un militaire, il me semblait plus facile de le suivre au gré de ses mutations professionnelles.

11 ans plus tard…

Pour la première fois cette année, j’ai rencontré des problèmes relationnels avec mes collègues. Les difficultés étaient telles que j’ai dû quitter l’école. J’ai été quelques mois en arrêt de travail. Puis j’ai repris dans une autre école. Durant cette période, j’étais sous traitement et je suis allée consulter un psychiatre pendant quelques séances. Jusqu’à l’année passée, je n’ai pas rencontré de difficultés majeures, mais je n’étais pas, non plus, épanouie. Chaque année, je dois changer d’école, de niveaux (postes de complément de services et à titre provisoire).

J’envisage de passer le concours d’attaché d’administration en interne, ainsi que le concours SAENES (dans un premier temps).

Je ne serai pas contre un poste de détachement dans l’administration, mais lors de ma disponibilité j’ai consulté une conseillère en mobilité carrière qui m’a dit qu’il y en avait très peu et que c’était quasi impossible d’en trouver un.

 

PROFESSEUR D’ESPAGNOL DE 46 ANS

Je n’avais pas d’idée de métier au départ. J’étais très intéressée par l’espagnol, matière que j’aimais et que j’ai étudiée en Fac.  J’ai été incitée par ma mère pour les avantages horaires et les vacances du métier.

20 ans plus tard…

J’ai subi il y a une dizaine d’années du fait de mon métier une année de dépression suivie par psychiatre et psychologue. Depuis, je me sens en mal-être au travail, avec moins d’intérêt, démotivée face à des jeunes qui montrent de moins en moins d’intérêt et ont des réactions parfois difficiles. Perte d’illusions, travail parfois à reculons, impression d’un investissement important sans retour, peu de reconnaissance de la hiérarchie et des inspecteurs sur travail fourni.

 

PROFESSEUR DE 46 ANS

La vocation, la passion de transmettre, le goût pour ma matière.

22 ans plus tard…

Mes remplacements m’ont amenée à constater que la gestion de la politique éducative était absurde dans mon académie, et que la volonté de « garder » les élèves dans le système ôtait l’autorité nécessaire à l’enseignant et favorisait les comportements pervers chez les élèves, les parents, et les chefs d’établissement, recrutés de plus en plus suivant un profil psychologique autoritariste. Si je n’avais pas rencontré à plusieurs reprises cette situation perverse de harcèlement, je ne chercherais pas à partir. Je n’ai pas de bonnes relations avec mon chef d’établissement, et je ne souhaite pas encourir des mesures de rétorsion.

Je ne veux plus être amenée à formuler un point de vue critique sur l’institution, ce qui vaut systématiquement des brimades et des humiliations aux lanceurs d’alerte. Je crains que l’administration bloque mes efforts pour sortir de l’éducation nationale en gardant une sécurité financière, car ils ont du mal à recruter des profs dans ma discipline.

Je cherche à fuir un système pervers et inefficace qui ne correspond plus à mon éthique personnelle et à ma perception du métier. Je ne me sens plus reconnue dans mes compétences et au contraire, persécutée en raison de ma volonté de faire évoluer les choses positivement et d’alerter sur les dysfonctionnements graves de l’éducation.

A qui communiquer mes souhaits et mon projet sans provoquer de mesures de rétorsion de la part de ma hiérarchie, de messages décourageants de la part de mon entourage, les collègues aigris qui n’osent pas sauter le pas ? Bref, où trouver du soutien et de la motivation ?

Si l’éducation était de nouveau dirigée avec bon sens, je ne partirais pas. Mais je vois que le déni, la gestion absurde et néfaste pour les élèves se répand partout. Je ne peux plus supporter les personnalités perverses et les tentatives de déstabilisation qui sont de plus en plus fréquentes chez les élèves et dans le management « moderne » enseigné aux chefs d’établissement…

 

PROFESSEUR DE LETTRES DE 46 ANS

Je suis devenu professeur pour

1- la sécurité de l'emploi

2- la possibilité d'indépendance pédagogique

Dès ma prise de fonction, je savais que je ne souhaiterais pas exercer ce métier plus de dix à quinze ans.

7 ans plus tard…

Je suis actuellement en CLM, depuis deux ans et demi, suite à un harcèlement de la part de mon ancien chef d'établissement.

La dégradation du métier, l'indépendance des établissements et les « nouvelles méthodes pédagogiques » (notamment, en enseignement des langues, qu'il n'est désormais plus possible de contourner), font que je souhaite, pour des raisons éthiques et dans la mesure du possible, cesser d'exercer ce métier et de ne plus être complice de ce qu'est devenu l'Education Nationale.

 

PROFESSEUR DE LETTRES MODERNES DE 46 ANS

J’avoue ne pas avoir choisi à proprement parler le métier d’enseignant que j’exerce ; mon père m’a fortement incité à embrasser cette carrière, et ce très jeune… Les débuts dans la profession ont été laborieux et déprimants : mutation en ZEP loin de ma province natale J’ai manqué démissionner durant cette première année en collège ZEP. Puis, ma relation au métier s’est bonifiée lors de mon retour dans ma ville natale par mutation. A l’origine et malgré les nombreuses déconvenues, je pensais exercer ce métier toute ma vie.

25 ans plus tard…

Les difficultés que je rencontre actuellement sont de plusieurs natures :

Tout d’abord d’ordre professionnel : je ne suis plus en adéquation avec les attentes de l’institution au niveau des notations, des orientations des élèves et compétences évaluées au bac, par exemple. Les consignes du chef d’établissement et donc du Rectorat ne me conviennent pas en tant que fonctionnaire tout d’abord et en tant qu’adulte responsable de l’avenir des élèves qui me sont confiés, d’autre part. La dernière inspection m’a choquée par le jargon, langue de bois adoptée.

D’un point de vue personnel, je souffre de problèmes de santé. Je fais cours avec dynamisme et implication mais j’en ai assez de ce travail de représentation face à des élèves de plus en plus démotivés et passifs devant la littérature et la culture de manière générale. Le temps de préparation des cours et le temps de correction des copies de mes élèves occupent tout mon temps libre : ma vie de famille et mes soirées et week-ends en pâtissent. J’estime de plus être bien mal rétribuée pour les compétences et le temps et énergie dépensés dans ce corps de métier. (environ 2300,00 € mensuels pour 45h/ semaine et ce avec 25 ans d’ancienneté)

Ce sont les rapports avec l’institution et les conditions de travail imposées et sans cesse dégradées qui me poussent à vouloir cesser d’enseigner.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 46 ANS

J’ai toujours voulu travailler avec des enfants. J’ai fait de l’animation très tôt car j’allais aider ma mère qui était elle-même animatrice. J’ai plutôt envisagé ce métier en pensant à l’école maternelle, avec l’envie d’être créatrice et de faire des projets artistiques avec mes élèves. Par contre, j’ai toujours pensé que je changerai de métier avant la fin de ma carrière car je ne me vois pas enseigner à de jeunes enfants à un âge avancé.

21 ans plus tard…

J’ai souvent éprouvé des difficultés dans mon métier. Les difficultés de différents ordres :

-             Des difficultés du point de vue de l’autorité :

Je suis quelqu’un qui a une voix qui porte et on m’a souvent reproché de crier après mes élèves. Mais une fois que les gens avaient appris à me connaître, ils excusaient cet aspect de ma personnalité, car finalement ils voyaient bien que j’essayé d’être le plus bienveillant possible avec les élèves.

Aujourd’hui j’éprouve toujours des difficultés d’un point de vue de l’autorité. J’ai toujours l’impression de mal gérer ma classe. Les élèves ont tendance à être très bruyants et je suis souvent amené à faire des retours au calme. Aujourd’hui j’essaye de ne plus crier pour me faire respecter, mais il m’arrive encore de m’emporter. C’est d’ailleurs une des remarques qui m’a été faite lors de mon inspection en janvier dernier.

-             Des difficultés d’ordre relationnel :

Avec des collègues enseignants : j’ai parfois eu des relations très tendues et bien que j’aie accepté beaucoup de choses à contrecœur les collègues ne sont pas enclins à faire des efforts, de mon point de vue.

J’ai toujours l’impression de ne pas en faire assez. D’autre part, j’ai toujours la tête à l’école. Le week-end, les vacances scolaires, je suis toujours à me dire qu’il faut que je travaille pour ma classe. Je suis souvent en stress à me dire que je n’aurai pas le temps de tout faire en temps et en heure. Lorsque je suis en vacances, si je me promène en forêt, lorsque je ramasse des pommes de pin ou quoi que ce soit d’autre, je me dis que cela peut servir pour la classe. De même, si je fais un marché et que je tombe sur un vendeur d’instruments de musique ou de livres j’ai tendance à vouloir acheter des choses encore une fois pour ma classe.

Bref, je n’ai jamais vraiment l’impression d’être en vacances.

J’aimerais ne plus aller avec des élèves car en vieillissant la fatigue accroit mes difficultés. Je voudrais un métier où, même si j’ai moins de vacances, je sois vraiment en vacances. Un métier où je n’aurais plus à faire des semaines de dingue lorsque je suis au travail pour compenser ses nombreuses semaines de vacances.

 

PROFESSEUR DE MATHEMATIQUES DE 46 ANS

J’aimais expliquer les mathématiques, j’aimais le côté indépendant du travail (création de cours, d’exercices, pas de patron sur le dos) et je pensais exercer ce métier toute ma vie.

22 ans plus tard…

Plus les années passent et moins le travail de professeur est un métier indépendant, des réunions de plus en plus nombreuses, des obligations de travailler en équipe, des comptes à rendre aux parents. Le soutien est remplacé par de l’aide personnalisée, je ne peux plus aider les élèves en difficultés aussi bien qu’avant.

J’ai de plus en plus de mal à supporter  le manque de politesse de certains élèves qui n’hésitent pas à couper la parole et à parler en même temps que le professeur, les mails de certains  parents qui défendent systématiquement  leur enfant et se mêlent  de tout,  mais surtout je n’accepte pas le manque de respect et le manque de soutien du travail des professeurs  de la part de l’administration et de la CPE (obligation de faire les photocopies 48h à l’avance, de coller les élèves dans nos classes, rapports disciplinaires qui tombent aux oubliettes . . .) ; j’ai donc l’impression de ne plus pouvoir exercer mon métier, comme je le faisais avant, de devoir subir certains élèves (car rien n’est fait ), même si la plupart du temps (le matin), ça se passe très bien.

Je pense être un très bon professeur, mais il n’y a aucune reconnaissance de notre métier et l’augmentation de notre salaire n’est qu’un leurre.

 

PROFESSEUR D’ECONOMIE-GESTION DE 47 ANS

J’ai fait ce métier par intérêt pour les matières et envie de transmettre des connaissances. Je ne me posais pas la question sur le fait d’enseigner toute ma vie professionnelle, cela me semblait logique.

23 ans plus tard…

Le niveau des élèves est de plus en plus catastrophique et les programmes inintéressants, et je ne m’y retrouve plus du tout intellectuellement.

Je ne rencontre pas de difficultés particulières, seulement une lassitude et un ennui surtout que je n’ai aucune possibilité de muter pour changer car dans ma matière les postes sont rares.

J’ai vu la conseillère mobilité du rectorat mais j’ai juste appris qu’il était quasiment impossible de trouver un détachement (du fait de mon échelon trop élevé).

Je pense qu’il est difficile de faire le même métier jusqu’à la retraite. Jusqu’à récemment j’ai réussi à me remotiver en passant l’agrégation mais maintenant je n’ai plus aucune opportunité, l’inspecteur m’a parlé des concours de direction et de d’inspection mais cela ne m’intéresse absolument pas.

 

PROFESSEUR D’HISTOIRE-GEOGRAPHIE DE 47 ANS

Je suis devenu professeur par goût pour la matière, profession intellectuelle, transmettre l’esprit critique propre à cette matière. Mais honnêtement l’enseignement n’était pas une vocation ni un premier choix : je devais travailler vite à l’époque où j’ai fait mes études et j’ai eu le CAPES du premier coup. J’ai mis en œuvre les 2 projets pour « supporter » certains aspects du métier qui ne conviennent pas à ma personnalité et que j’avais perçus très vite : la routine liée à l’administratif, les copies (j’ai toujours eu des classes à examen en grand nombre), pouvoir bouger davantage (sorties et utiliser mes connaissances en langues étrangères : anglais –allemand- et un peu italien).

24 ans plus tard…

J’ai été victime d’un burn-out il y a peu, ce qui a justifié un arrêt de travail congé longue durée. Malgré le suivi médical, psychologique (rdv réguliers avec un psy), fond dépressif réactivé par le fait de ne pas trouver de solution de reconversion (plusieurs tentatives infructueuses), ai rencontré un service au rectorat dédié à la « mobilité » pour en fait ne recevoir aucune aide concrète.

Mon congé va prendre fin mais je ne suis pas en état de reprendre un poste d’enseignant seul face à des classes. En résumé les raisons de mon rejet : charge de travail énorme (direction m’imposant toutes les classes de terminale, la charge de professeur principal et des heures supplémentaires non voulues), non –respect de la direction envers ma personne (heures supp et toutes les terminales imposées). Aucun soutien face aux élèves posant problèmes (pression pour faire modifier notes par les parents relayée par la direction, élèves devant être sanctionnés pour des incivilités ne l’étant jamais etc).

Depuis une petite dizaine d’années je ressens un décalage avec les élèves : eux travaillant de moins en moins et moi de plus en plus.

J’ai interrogé le rectorat sur la possibilité d’obtenir un poste adapté (en participant au mouvement pour réintégrer l’enseignement public), on m’a répondu que cela serait très difficile.

 

PROFESSEUR D’ANGLAIS DE 48 ANS

Après mon baccalauréat, je suis entrée à la faculté de médecine mais je n’ai pas poursuivi mes études. Ensuite Je me suis inscrite en anglais car cette discipline était facile pour moi et je n’ai eu aucun mal à obtenir ma licence LLCE. J’aimais ma discipline donc pourquoi ne pas devenir professeur ? Je n’ai malheureusement présenté que le CAPES externe à ce moment-là et je regrette de ne pas avoir présenté l’agrégation.

Dès l’obtention de mon CAPES j’ai demandé un maintien prioritaire sur mon poste au collège où j’étais contractuelle. J’étais convaincue que je ferai avancer les choses.

23 ans plus tard…

Avec l’âge, je n’ai pas gagné en patience ni en sérénité.

Aujourd’hui je vais chaque matin au travail à reculons, avec des angoisses, des douleurs à l’estomac, des insomnies. Je suis entrée en conflit avec des collègues à plusieurs reprises.

Depuis 7 ans certains collègues se sont bien employés à gérer leur carrière en se rapprochant sournoisement des chefs d’établissement et j’ai continué de mon côté à aider des collègues en difficulté, à me battre contre les injustices et maintenant je me sens complètement lésée.

Par ailleurs les réformes dont ma discipline a fait l’objet ont transformé mon quotidien en enfer. Si l’on veut tout mettre en œuvre correctement, on est submergé de travail et le temps consacré aux élèves est considérablement réduit. Ceux-ci de plus en plus faibles ne progressent pas ou plus. Les très bons ont un avenir assuré et n’ont aucun mal à obtenir des 20 dans un système de moins en moins exigeant et on occupe les plus faibles….

De nombreux collègues ne semblent pas s’inquiéter de cette évolution du moment que leur carrière va bien et qu’ils n’ont pas trop de travail quotidiennement. Cela n’est pas ma conception de l’enseignement. De plus j’avais beaucoup d’admiration pour les chefs d’établissements qui aujourd’hui semblent exécuter des ordres insensés tout en pensant être de véritables chefs d’entreprise.

Les concours de chefs d’établissement et inspecteurs ne m’intéressent pas.

 

PROFESSEUR D’EDUCATION MUSICALE DE 49 ANS

J’ai commencé par enseigner en école de musique, puis j’ai passé le Capes pour enseigner dans l’Education nationale.

18 ans plus tard…

J’ai subi des jalousies entre collègues.

Ce qui me pousse à changer : je ne veux plus avoir à faire le gendarme, avoir la force et la poigne nécessaire pour faire régner le calme. Je ne peux plus dépenser toute mon énergie pour cela. Je ne souhaite plus « éduquer » les enfants et leur servir de parents. Je n’ai pas passé un concours pour cela. Je ne me sens plus à ma place avec les nouvelles générations d’élèves.je ne supporte plus l’indiscipline, la vulgarité et l’impertinence.  Je souhaite changer, ou enseigner différemment.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 50 ANS

Je suis devenue professeur pour la qualité de vie ; je le voyais comme un métier attractif (il y a 27 ans) ; pour la sécurité d’emploi ; avec l’envie de dispenser des enseignements à des enfants. A l’époque c’était une profession reconnue (à mes débuts).

27 ans plus tard…

Etant remplaçante, je fais preuve d’autorité et dois être cadrante ; je refuse tout problème de discipline en classe. Mais c’est ce qui devient usant et éreintant, au quotidien, au regard de cette génération « d’enfants rois » non éduqués.

Les problèmes que j’ai eus à gérer, tout au long de ma carrière, ont été certains parents qui n’acceptaient pas que je « cadre » leur progéniture pourtant non éduquée. J’ai été aussi agressée à 3 ou 4 reprises au cours de ma carrière. Agressions physiques et verbales.

Ces faits m’ont donc fait songer, petit à petit, à d’autres possibilités éventuelles… Je ne suis pas spécialement en souffrance, car j’ai appris très vite à me protéger et me « blinder », mais je commence à être « fatiguée » voire parfois désabusée……

 

PROFESSEUR D’ANGLAIS DE 50 ANS

A l'origine, je ne voulais pas devenir professeur, mais après plusieurs années dans la fonction de secrétaire bilingue dans un cabinet d'audit et d'expertise comptable, le métier de professeur d'anglais m'a paru correspondre beaucoup plus à mes attentes. J'en avais une haute idée. Je garde d'ailleurs une haute idée de ce métier, j'ai la sensation d'arriver à transmettre parfois quelque chose d'important aux adolescents que j'ai en face de moi (d'autant que je suis en REP où la misère culturelle est bien là pour beaucoup).

Je n'ai pas commencé ma carrière professionnelle en tant qu'enseignante, mais après y être entrée je pensais y rester, probablement. J'étais très motivée dans les premières années en tout cas.

20 ans plus tard…

J’ai stoppé d’un détachement de plusieurs années. Je voulais quitter cet autre contexte professionnel mais ne souhaitais pas revenir enseigner dans l'Education Nationale (dans l'Education Nationale éventuellement, mais dans une autre fonction, pourquoi pas, sachant que je n'envisage pas d'être inspecteur ou personnel de direction). J'ai été envoyée dans un établissement en ZEP en tant que remplaçante. Le proviseur considérait apparemment qu'il fallait m'en faire baver car j'avais dû me la « couler douce », pour parler familièrement. J'ai donc eu une inspection qui s'est mal passée, ce qui ne m'était jamais arrivé auparavant.

Aujourd'hui après avoir eu une mutation vers une académie méridionale, je suis TZR dans un collège en REP et je trouve que cela suffit. J'ai été suffisamment maltraitée par l'institution. Je continue d'aimer certains aspects de mon métier, mais je ne peux plus supporter physiquement le niveau de bruit et d'agitation dans un collège en REP (j'ai des migraines très fréquentes et suis très fatiguée le vendredi). Je demande toujours une mutation vers des lycées mais il me sera impossible d'en obtenir en poste fixe tellement je suis loin du nombre de points nécessaire, et je refuse de demander un collège dans mes vœux car ce n'est pas ce que je veux faire. Je vais donc rester TZR à 50 ans, alors que je suis titulaire depuis 20 ans. Je trouve cela insupportable. Par ailleurs cela fait 10 ans que je demande un congé de formation professionnelle, qu’on me refuse à chaque fois.

 

PROFESSEUR D’ALLEMAND DE 50 ANS

Après mon baccalauréat, j’ai commencé à étudier l’Economie et cette matière ne me plaisait pas. Comme j’ai toujours aimé le Français, j’ai demandé à partir une année comme assistante d’allemand en France. Pendant cette année, j’ai compris que j’aimais transmettre et que je voulais être en contact avec les jeunes. J’ai commencé les études de Français pour devenir enseignante. Pendant trois années, j’ai fait des remplacements en Région parisienne et étais également assistante. Mon plus grand désir était de devenir enseignante et j’ai persévéré.

16 ans plus tard…

J’ai fait un burn-out il y a 3 ans suite à du stress cumulé et l’élément déclencheur était le mensonge du principal sur une situation qui me concernait. Je n’ai pas accepté l’injustice, me suis battue et ai subi les conséquences avec un complément de service imposé par l’administration. J’ai été en arrêt maladie pendant un an. Au lieu de prendre des anti-dépresseurs qu’on m’a prescrits, j’ai fait un coaching en développement personnel pour m’en sortir plus rapidement.

A moyen terme, je pense à une démission (avec IDV) car je voudrais vraiment consacrer mon temps et mon énergie pour devenir coach, un métier qui me passionne et pour lequel je me suis formée en finançant moi-même ma formation sur mes temps personnels.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 52 ANS

A l’origine, je voulais enseigner, transmettre, aider les élèves et les accompagner. Quelques années après avoir débuté, j’avais envisagé de finir ma carrière comme maître formateur ou psychologue scolaire, mais la fréquentation de collègues exerçant ces fonctions m’a découragé.

34 ans plus tard…

Au fil du temps ma vocation s’est émoussée du fait d’une grande lassitude liée aux contingences et tout ce qui n’est pas directement enseigner (nouveaux programmes, nouveaux textes trop fréquents, trop de réunions, parents dans l’école, élèves en grande difficulté sans AVS, etc.), mais aussi un sentiment de ne pas faire mon travail comme je l’aurais souhaité, et de plus en plus de fatigue à exercer avec des jeunes élèves et dans les préparations.

Après une très longue recherche d’aide (plusieurs années), je suis actuellement en psychothérapie depuis seulement 3 mois afin de retrouver confiance en moi et aborder différemment ma vie personnelle et professionnelle ; pour l’instant c’est bénéfique et j’envisage de poursuivre ce travail. Je suis très démotivé par l’enseignement.

 

PROFESSEUR D’ITALIEN DE 52 ANS

J'étais assistante de langue et la prof avec qui je travaillais m'a suggéré de passer le concours, pensant que j'avais un « talent naturel » pour devenir prof ; je rêvais d'éveiller des jeunes au plaisir d'apprendre et de comprendre le monde, comme ça avait été le cas pour moi.

23 ans plus tard…

J’ai vécu des problèmes de discipline en début de carrière, moins maintenant mais j'ai du mal ; je suis dans un bon établissement, il ne s'agit jamais d'incivilités graves, juste de bavardages. Je subis une mauvaise entente avec les collègues de ma discipline, peu de contact en général avec les autres.

Ce ne sont pas tellement les difficultés relationnelles, mais mon incapacité à construire des cours carrés qui me poussent à la sortie ; de plus, je suis très lente et peu efficace, le travail prend trop de temps, j'en souffre.

J'ai demandé un bilan de carrière il y a une dizaine d'années, mais quand on m'a proposé un rdv je me suis retractée de peur que cela porte préjudice à ma carrière. C'est clairement une fuite, oui ; il me semble que si j'arrivais à avoir l'autorité nécessaire et suffisante pour travailler correctement même avec des classes nombreuses et remuantes, et surtout si j'arrivais à préparer mes cours et à corriger mes copies vite et bien, je resterais dans ce métier.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 52 ANS

Je suis devenue institutrice par goût pour l’acte d’enseigner, affinité pour un public d’enfants, recherche de l’autonomie, recherche d’un métier polyvalent et créatif.

21 ans plus tard…

Oui, j’ai subi le harcèlement de plusieurs directeurs et collègues, principalement suite à un conflit avec une collègue « titulaire » de son poste qui estimait pouvoir me donner des ordres. J’ai également rencontré des situations difficiles avec des directeurs qui abusaient de leur autorité. Dans chacun de ces cas, ce n’était pas l’autorité ou les textes qui posaient problème, mais les abus, les détournements, les interprétations fallacieuses.

Ces difficultés sont aujourd’hui derrière moi, mais elles font partie des raisons qui m’amènent à évoluer. En effet, je suis conscient qu’il suffirait d’un changement dans la composition de mon école pour que je les rencontre à nouveau. Je ne crois pas que ces risques puissent disparaître, car ils tiennent à la nature même des relations (pseudo-) hiérarchiques dans le premier degré.

J’ai contacté récemment la conseillère en mobilité carrière de mon académie, qui, tout en affichant un optimisme sans faille, s’est chargée de démolir avec soin tous mes espoirs. Selon elle, le département où je travaille refuse systématiquement toute demande de détachement ou de disponibilité et n’accorde les demandes de formation qu’au compte-gouttes, le plus souvent à la troisième demande.

Mon seul espoir est donc de passer un concours, si possible après avoir consacré une partie de mes vacances à des stages d’observation dans un service correspondant au poste recherché. Elle a refusé de m’orienter vers un poste précis et m’a fait comprendre que mes compétences trop nombreuses et trop diverses lui donnaient une impression de dilettantisme.

 

PROFESSEUR DES ECOLES DE 53 ANS

Je me suis orientée vers ce métier par goût de l’enseignement, de la transmission, d’être en relation avec toute une communauté de personnes, enfants et adultes et du travail en équipe.

Il s’agissait alors d’une reconversion professionnelle (alors que je n’avais plus de travail) après avoir eu mes enfants qui m’ont fait entrer dans l’univers de l’école par la porte des parents. Je ne me suis pas posé la question à ce moment-là de savoir si j’allais exercer ce métier toute ma vie mais je pense que c’était mon souhait.

15 ans plus tard…

Je suis actuellement et depuis près de 10 ans dans une école assez difficile, qui ne bénéficie d’aucun statut particulier de type ZEP ou REP. Je ressens énormément de fatigue physique et nerveuse, passant 24 heures devant les élèves et beaucoup de temps chez moi en préparation, correction et planification. Le plus éprouvant et le plus épuisant est le fait d’avoir à gérer conjointement des problèmes récurrents et pesants de discipline et de lourdes difficultés d’apprentissage dans des classes très hétérogènes.

J’ai la possibilité de faire le mouvement pour être dans une école différente, mais compte tenu du fait que changer d’école suppose un nouvel investissement et faisant le constat qu’il me reste environ 10 ans à travailler, je préfère tenter de me tourner vers un travail différent.

Il y a quelques années, j’ai consulté, pour différentes raisons, une psychothérapeute. J’ai évoqué mes difficultés professionnelles. Elle m’a apporté quelques éléments pour améliorer ma pratique.

 

PROFESSEUR D’ECONOMIE-GESTION DE 56 ANS

J’ai fait m’objet d’un licenciement économique il y a une vingtaine d’années, ce qui est à l’origine de ma reconversion professionnelle. Après avoir effectué un bilan de compétences à l’ANPE, je me suis inscrite à l’IUFM pour passer le concours. Je me suis pleinement réalisée dans cette nouvelle fonction pendant une dizaine d’années.

21 ans plus tard…

Je suis actuellement en arrêt maladie pour dépression sévère. J’ai connu un premier épisode dépressif à la suite de 2 agressions verbales d’élèves. Un second épisode dépressif s’est produit après une agression physique en classe (jet de projectile en pleine tête). J’ai alors dû être hospitalisée 8 semaines et fait une demande de congé longue maladie qui a été refusée.

J’ai réussi à surmonter mes difficultés en étant suivie par un psychiatre durant plusieurs mois. J’ai été sous antidépresseurs pendant 6 ans et j’ai pu retrouver le plaisir d’enseigner malgré les difficultés inhérentes au public que nous avons. 

Je suis actuellement perdue et très inquiète pour mon avenir professionnel. J’aime enseigner mais aujourd’hui, j’ai peur des réactions imprévisibles et violentes de certains élèves de nos sections.

Les agressions verbales et physiques entre élèves sont quasi quotidiennes, l’enseignant n’est plus respecté ni les dirigeants de l’établissement d’ailleurs. Je n’ai pas le sentiment d’être soutenue par la direction du lycée dans ces conditions difficiles. Je suis au tout début de ma réflexion mais je sais au fond de moi que je ne peux plus affronter une classe dans les conditions de travail actuelles. Je ne sais pas comment je vais pouvoir terminer l’année scolaire en cours.

 

PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE DE 56 ANS

Le manque d'imagination. La nécessité de travailler en étant marié et père. Le lien avec les oeuvres, l'étude continuée. A l'origine, j'étais auxiliaire reconduit d'année en année. Je n'avais pas l'intention de rester dans cet emploi. Je n'ai passé un concours interne qu'après 9 ans d'exercice.

22 ans plus tard…

Je suis en opposition avec toutes les orientations des idéologues qui pilotent le MEN depuis des lustres. Je ne supporte plus d'être pris en tenaille entre administratifs et parents d'élèves qui, chaque année un peu plus, laminent notre liberté pédagogique. Il se trouve que j'ai déjà essayé de quitter la pétaudière à plusieurs reprises, sans succès. Je suis depuis la rentrée de septembre dans une formation qui cible les concours A, B et C des bibliothèques.

 

PROFESSEUR D’ESPAGNOL DE 60 ANS

Franchement, je ne sais plus. Je n’avais pas de projet professionnel lorsque j’ai entamé mes études universitaires. J’aimais la littérature et les arts et j’ai suivi mes goûts, poussée par mes profs et ma famille car en fin de 3° et en seconde, je me souviens que je ne souhaitais pas m’engager vers de longues études mais plutôt vers un BTS pour devenir « secrétaire de direction trilingue » ou travailler dans le tourisme. J’ai été orientée différemment. J’ai aussi regardé du côté des écoles de journalisme et d’interprétariat mais elles étaient payantes. J’ai tenté (plus tard) le concours d’accès à une école de communication mais en vain. C’est par nécessité, pour nourrir ma famille, que j’ai commencé à assurer des remplacements en tant que maîtresse auxiliaire d’abord en français puis dans d’autres matières et enfin en espagnol.

22 ans plus tard…

En fait je ne me suis jamais sentie à ma place à l’éducation nationale. J’ai toujours assez mal supporté la hiérarchie et le milieu des profs que je jugeais trop classique « camif » comme on disait à l’époque, coincé, à la limite servile, critiquant les choses et les gens mais jamais en face. Dès le début je me suis sentie enfermée et vivais tout établissement scolaire comme une prison.

Restaient les élèves avec qui je m’entendais bien et auxquels il me semblait transmettre plus que la seule langue espagnole. Mais j’étais souvent affectée émotionnellement par la souffrance des élèves dans leur vie personnelle et leurs problèmes et mon travail en général ne me quittaient pas une fois arrivée chez moi ni même le week-end.

L’institution, elle, me semblait un carcan énorme où l’originalité n’avait pas sa place et imposait un moule dans lequel chacun devait entrer, élèves comme professeurs. Le rythme d’apprentissage des élèves n’était pas respecté. A l’époque, l’approche littéraire était de mise pour l’enseignement de la langue espagnole ce qui handicapait les élèves ayant des difficultés en français. L’objectif communicationnel n’était pas une priorité et je trouvais cela absurde. Maintenant, c’est exactement l’inverse, c’est le « tout communicationnel », on nous demande même d’enseigner le langage des SMS, moi qui ne le connais même pas en français ! C’est tout aussi absurde.

Les choses se sont vraiment dégradées pour moi en 2000 alors que j’enseignais dans un collège difficile avec une direction défaillante. Je me suis sentie trahie, mes collègues et la direction (certains par peur de représailles) ayant pris le parti d’une élève qui m’avait manqué de respect : je n’ai pas toléré qu’elle mâche ostensiblement du chewing-gum, le nie et me dise « ta gueule «  en aparté. J’étais trop exigeante, je notais trop sévèrement, etc…

Quelques années plus tard j’ai été mise en Congé de longue durée (CLD) pour dépression pendant 3 ans. Lorsque j’ai repris à temps partiel – en lycée –  j’ai subi beaucoup de stress, des collègues pas très, l’apparition du cahier de texte électronique qui m’apparaissait comme un outil de surveillance, la pression pour l’utilisation de l’informatique, domaine dans lequel je n’ai aucune compétence et dont l’usage généralisé me semble dangereux et signera tôt ou tard la fin de l’enseignement direct, en face à face, au profit d’un enseignement uniquement virtuel. Il y a eu chez moi un certain refus de m’adapter à ces progrès qui pour moi n’en sont pas.

Les problèmes d’autorité se sont multipliés et je supportais de plus en plus mal cette évidence que les élèves pensaient « avoir tous les droits et aucun devoir ». Le bac me semblait d’autre part une vaste fumisterie, ce qui d’une certaine façon m’a été confirmé par une inspectrice lors d’un entretien : « De toutes façons, ils auront leur bac, donc, amusez-les ». L’objectif était clairement de ne pas faire de vagues et de suivre le courant…

D’autre part, je trouve les épreuves très inégalitaires, les notions étudiées étant communes à toutes les sections et donc totalement inadaptées à certains profils d’élèves. De plus les oraux ne garantissent plus l’impartialité, les élèves passant devant leurs profs de l’année ou des années précédentes. Et comme les établissements sont classés suivant le taux de réussite au bac…et l’objectif affiché de l’institution étant 100 pour cent d’une classe d’âge… Et que dire des commissions de jury où l’attitude de certains profs consiste à envoyer le moins possible d’élèves à l’oral de rattrapage afin de ne pas avoir à faire passer les épreuves et être en vacances plus tôt ? Tout est faussé. On leurre les élèves et une fois à l’université, ils s’effondrent.

Il en résulte chez moi un grand écoeurement et le sentiment qu’en participant à ce système, je bafoue toutes mes valeurs.

Ensuite, mutée une autre académie à ma demande, je reprends dans un établissement dans lequel un élève lance une chaise vers mon bureau. Je suis très affectée mais d’après la proviseure il s’agissait juste « d’un geste d’adolescent » et « j’étais trop fragile ». L’année d’après est cauchemardesque : insultes, violences, incapacité de faire cours plus de 15mn par heure et encore…enseignants en pleurs dans la salle des profs presque tous les jours…des exclusions d’élèves qui n’aboutissent la plupart du temps qu’en avril/mai après une cinquantaine de rapports d’incidents rédigés par les profs toutes disciplines confondues. Je n’en peux plus mais termine l’année grâce à la grande solidarité qui unit tous les enseignants embarqués dans la même galère. Mais je me sens bien inutile et peinée aussi pour les quelques élèves qui voudraient apprendre et en sont empêchés. Impuissance.

J’ai le sentiment d’être un outil du système. J’ai l’impression de ne m’occuper de personne. Sentiment d’impuissance, d’incompétence. (…) Les réunions à répétition, les innombrables messages électroniques provenant des parents, la crainte de laisser passer quelque chose d’important, le sentiment d’être écrasée par les tâches à réaliser : nouveau brevet ; nouvelles évaluations , le sentiment qu’on passe de plus en plus de temps à justifier, expliquer ce que l’on fait, toute cette accumulation a abouti à mon effondrement. S’en est suivi l’impossibilité de créer de nouveaux cours, l’envie de pleurer en classe, l’envie de fuir, les pensées obsédantes qui réveillent la nuit, le désir d’avoir un accident et d’être envoyée à l’hôpital pour ne plus être obligée « d’y aller », pour échapper à mon travail.

L’an dernier j’ai eu des entretiens réguliers avec un psychiatre, que j’ai revu plusieurs fois cette année dans le contexte de la souffrance au travail.

Je souhaite une reconversion hors éducation nationale qui me permette de m’épanouir en étant au service de l’humain.

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