SAR France

Sons of the American Revolution - Branche française

I would like to be invited into "SAR France".

Jean-Baptiste de Roquefeuil-Labistour

Jean-Baptiste de ROQUEFEUIL-LABISTOUR (1740 - 1811)

 

 

 

Origines.

Jean-Baptiste de Roquefeuil-Labistour, fils naturel du marquis Jacques de Roquefeuil-Cahuzac et de Marie Fabre, est né le 13 avril 1740 à Cahuzac-sur-Vère alors que son père vient d'épouser en janvier 1740 Marie-Madeleine de Boisset-Glassac. Jean-Baptiste n’est pas reconnu comme le fils légitime du marquis à sa naissance, et nous ne savons pas grand-chose de son enfance.

La famille Roquefeuil a fourni de nombreux marins au Roi. Sans pouvoir prétendre à un poste d’enseigne du fait de sa naissance, Jean-Baptiste s’engage comme « volontaire au service du roi »  dès ses 16 ans, sur L’HECTOR : nous sommes en 1756, au début de la guerre de 7 ans.

Très vite, il met ses qualités au service de la Compagnie Française des Indes Orientales; il resservira cependant la Marine Royale pendant certaines périodes. Officier de la Compagnie dès 1759, il sert sur le SAINTE-ANNE, vaisseau de la Royale, en 1766, puis prend le commandement de L’INDIEN pour le compte de la Compagnie, à bord duquel il soutient un vif combat contre les Marattes en 1769. Il servira également sur le caïque SAINT-MARTIN et commandera la CURIEUSE, vaisseaux de la Royale. Suite à la première suspension de la Compagnie, il reste dans l’Océan Indien et se marie en 1775 à Pondichéry avec Céleste Barbe Vergoz, native de l'Isle de France (Ile Maurice).

 

La Guerre d’Indépendance des Etats-Unis – dans l’Océan Indien.

Rappelé dans la Royale au début de la Guerre d’Indépendance (1775), avant même l’engagement officiel de la France dans le conflit (février 1778), Jean-Baptiste se retrouve en tant qu’officier sur la frégate LA POURVOYEUSE d’août à octobre 1778 . Ce vaisseau commandé par le capitaine de Saint-Orens appartenait à la petite escadre de 5 navires aux ordres du capitaine de vaisseau Tronjoly, envoyée pour porter secours à Pondichéry assiégée par les anglais .

Au début du conflit, malgré les programmes de constructions menés par les différents ministres (Choiseul, de Boynes, Sartine), la France dispose de moins de vaisseaux que son adversaire et ne peut se permettre de risquer une perte, surtout sur un théâtre d’opération aussi vaste et éloigné de la France. L’escadre de Tronjoly constitue, avec ses 5 vaisseaux, la force navale française dans l’Océan Indien. Le bailli de Suffren, au début de son expédition quelques années plus tard, ne pourra compter que sur 11 vaisseaux pour tenir cette région. De plus Pondichéry ne possède pas de mouillage fermé permettant réparations et ravitaillement, et la base arrière française la plus proche est l’Isle de France.

Tronjoly livrera le 10 août 1778 un combat indécis devant Pondichéry contre l’escadre du Commodore Edward Vernon, de force similaire, contraignant ce dernier à la retraite. Malgré les protestations de ses officiers, dont Jean-Baptiste nommément cité par l'historien Saint-Elme Leduc, Tronjoly décide de ne pas poursuivre et anéantir l’escadre anglaise; le LAURISTON est le seul à poursuivre les vaisseaux anglais, mais doit rentrer faute de poudre. L’escadre française restera devant la ville jusqu’au 20 août, repoussant une seconde fois l’escadre anglaise. Les pertes et les avaries subies par l’escadre française et l’impossibilité de réparer sérieusement à Pondichéry convainquent Tronjoly de partir pour l’Ile de France le 21, laissant la maîtrise de la mer aux anglais.

Jean-Baptiste de Roquefeuil-Labistour demande et obtient alors l’autorisation de relâcher à Négapatam, pour traverser le blocus anglais et prévenir le commandant de la place, Mr de Bellecombe, « que tous nos vaisseaux étaient partis et qu’il n’y avait plus de secours à attendre ». Pour cet acte de bravoure son comportement au cours du siège, Mr de Bellecombe demandera pour Jean-Baptiste le brevet de Lieutenant de Vaisseau et la Croix de Saint-Louis, demande appuyée plus tard par le Comte de Roquefeuil. Il est pris avec les assiégés le 17 septembre 1778 et retourne en France avec Mr de Bellecombe en septembre 1779.

 

Capturé dans l’Océan Atlantique.

Dès son retour, Jean-Baptiste va voir son père resté à Livers (Tarn) et, fort du soutien de Bellecombe et des preuves de bravoure qu’il rapporte de Pondichéry, le supplie de le reconnaître comme son fils légitime. Le marquis accède à sa demande et établit le 20 juin 1780 une procuration devant notaire à Toulouse, permettant à un mandataire de demander à Louis XVI l’anoblissement de Jean-Baptiste et sa reconnaissance en tant qu’enfant légitime. La cour entérine cette demande par décret royal en septembre 1780, et Jean-Baptiste obtient dès le 22 août 1780 le grade de Capitaine de Brûlot à Lorient.

Il devra attendre le 1er mars 1781 pour être nommé au commandement de la frégate la PHILIPPINE (16 canons), avec laquelle il part pour l’Isle de France au sein de la flotte de Mr de Villars. Sa frégate marchant « fort mal » il perd de vue ses compagnons le 16 septembre. Le 30, il croise trois vaisseaux anglais (Le JUPITER, 54 canons de 24 et 12 et 10 obusiers de 18, Capitaine Pasley, la frégate MERCURE, 32 canons, Cne Prescott, le cutter  SERPENT A SONNETTE, 14 canons, Cne Mr d'Auvergne) qu’il ne parvient pas à distancer, et se voit forcé d’amener.

S’ensuivent 3 mois de traitements inhumains, relatés dans une lettre envoyée à son état-major, et corroborés par le gouverneur portugais de San Salvador de Bahia, le Marquès de Valencia, dans un rapport envoyé à la cour du Portugal. La PHILIPPINE arraisonnée fait d’abord route vers l’ile de la Trinité. Son équipage, capitaine compris, est fouillé, pillé (rien ne lui est laissé, y compris les papiers de famille), réparti sur les 3 vaisseaux anglais et mis en cale. La nourriture est très rationnée, et il n'est fourni que « très peu de très mauvaise eau pendant les trois mois qu’ils sont restés à bord », de sorte que le scorbut frappe durement les français.  L’escadre anglaise part le 10 octobre croiser du côté de la Rivière de la Plata, alors que la PHILIPPINE est envoyée avec quelques civils à la Jamaïque. Malgré les demandes de Jean-Baptiste, on refuse que les plus malades restent à la Trinité. L’escadre passera par la "rivière de Plate", sur les "côtes du Paraguay", et se trouve "dans la rivière du côté de Maldormado" le 28 novembre. Elle ne rentre à la Trinité que le 27 décembre, après 79 jours de mer, et le 29, malgré les protestations répétées de Jean-Baptiste, l’ordre est donné aux français d’embarquer sur un Cartel (le JUPITER) qui doit les emmener « en droiture » pour la France, sans repos, sans vivres à bord, sans avoir « même de quoi ensevelir nos morts ».

Le Cartel restera en rade jusqu’au 4 janvier pour faire de l’eau, puis partira, escorté par un brûlot pour l’empêcher de relâcher sur la côte brésilienne. Après 4 jours l’escorte partit, et le Cartel accepta de s’arrêter à San Salvador de Bahia, où il arriva le 19 janvier, et d’où Jean-Baptiste put demander son soutien au gouverneur portugais. 102 jours s’étaient écoulés depuis la capture de la PHILIPPINE, et l’équipage français dut encore attendre l’autorisation du gouverneur pour descendre à terre et être soignés. Au moins 17 membres d’équipage sont morts de maladie, et on compte « 30 agonisants et autant hors d’usage » au départ de la Trinité le 4 janvier.

 

L’installation définitive dans l’Océan Indien.

Jean-Baptiste de Roquefeuil-Labistour repart de San Salvador de Bahia le 18 mars 1782, et ne combattra plus pendant la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis. Il reçoit une gratification et une pension sur les Invalides les 17 août et 8 septembre 1782. Vraisemblablement convalescent – il se dit gravement malade au départ du Brésil, et sa pension sur les Invalides semble aller en ce sens - il s’occupe en remettant le 20 septembre un « Mémoire pour procurer des bois de mâture, de construction et autres, pour les vaisseaux du Roy, dans l’Inde » .

Mais il avait exprimé depuis longtemps son besoin de retourner à l’Ile de France vers sa femme et ses deux fils, qu’il n’avait pas vu depuis son départ en septembre 1779 (il n’a jamais vu son cadet). Il demande et reçoit le 23 octobre 1783 la permission de commander un navire de commerce (plus d’un mois après la signature des traités de Versailles et de Paris) et part le 28 décembre 1783 pour l’Isle de France où il  arrive le 28 Juin 1784 sur le BRABAN (350 tx) qu'il commande. Il s'y retire pour affaires le 1er mai 1786 et s’installe, vraisemblablement comme planteur de canne, dans le quartier des Pamplemousses, dont il devint député à l’Assemblée Coloniale de 1795 à 1801.

Il eut encore un fils et une fille, mais eut la douleur de perdre ses deux premiers fils lors du naufrage de la VÉNUS, le 31 décembre 1788, lors d’une tempête entre l’Ile Bourbon et l’Isle de France. Il put accueillir quelques parents pendant la révolution française, et marier ses deux enfants. Il meurt le 25 juin 1811, ne survivant que de peu à la prise de l’Isle de France par les anglais, en décembre 1810. Certains de ses descendants sont alors rentrés en France, et d’autre sont restés à l’Ile Maurice ou ont fait souche au Natal (Afrique du Sud).

L’ironie de l’histoire veut qu’une partie de la famille de cet homme tant maltraité par les anglais se soit complètement intégrée à l’empire anglais. Complètement ? Voire… L’un d’entre eux, Gustave Aristide de Roquefeuil-Labistour, procureur général de la couronne britannique au Natal, représenta le barreau (Law Society) lors de l’examen de la demande d’admission de Gandhi en 1894  et, refusant de s’y opposer malgré les pressions des colons, l’a admis et même soutenu dans ses combats futurs.

 

 

Descendant SAR: Antoine Labarsouque (rédacteur)