SAR France

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Jean Jacques de Trentinian

 

 

 

JEAN-JACQUES DE TRENTINIAN (1739-1817)

 

ORIGINE ET DÉBUT DE CARRIÈRE

Ce futur chevalier est né à Montpellier le 19 juin 1739 dans une famille d’origine protestante qui a compté des officiers chez les révoltés Camisards de Jean Cavalier. Il y eut pour compagne d’enfance Septimanie de Richelieu (1740-1773), fille du lieutenant général du Languedoc et futur maréchal.

En 1758, il œuvre au bureau de l’intendant des finances Boullongne à Paris. Quatre ans plus tard, il apparaît, compétence et gabarit (5 p. 7 p.) aidant, comme trésorier, sur le rôle des officiers des Dragons de La Ferronays. Sans appointement, comme la plupart des jeunes officiers de l’époque, il part à Saint Domingue pour être l’aide de camp du chevalier de Rohan, mais revient aussitôt « n’ayant pu supporter le climat ».

Introduit auprès de Choiseul (qu’il visite à Marly) par la comtesse d’Egmont, sa sœur de lait, il obtient une affectation, puis sa promotion dans la Légion Royale (une de ces unités légères mixtes infanterie / cavalerie créées dans les années 1740-50) et participe en 1768/69 comme sous-lieutenant à la campagne de Corse. En janvier 1770, il épouse à Tournon Jeanne-Marie Sorin de Bonne qui lui donne en décembre un fils, Casimir : la marraine est Septimanie et le parrain son époux, Casimir d’Egmont-Pignatelli, duc de Gueldre. Capitaine en janvier 1772, il reçoit en 1774 une pension de 600 livres « pour tenir son rang ».

En 1776, la réforme du ministre Saint-Germain supprime les légions ; leurs compagnies sont dispersées ; Trentinian passe alors à Blésois infanterie (4ème RI).

LA GUERRE D'AMÉRIQUE

Pour permettre à la marine de jouer son rôle dans les opérations qui vont se passer outre-mer, celle-ci est autorisée à lever en septembre 1778 des légions d’intervention qui sont placées sous le commandement du duc de Lauzun ; 80% de ces « volontaires étrangers de la marine » sont en réalité nés en France.

 

 

Lauzun recrute beaucoup de ses officiers d’infanterie parmi ceux qu’il a eus sous ses ordres à la Légion Royale. Ainsi, Trentinian devient-il capitaine des chasseurs de la seconde Légion à sa création. Les deux autres légions sont expédiées outre mer début 1779, alors que Lauzun s’est absenté pour reconquérir les comptoirs du Sénégal. À son retour, Lauzun obtient de participer avec l’unité restante, à l’avant-garde, commandée par Rochambeau, de l’armée rassemblée pour l’invasion de l’Angleterre. Jean-Jacques avec ses chasseurs s’y prépare à Saint-Malo. 

Mais ce projet est abandonné en septembre 1779. Au printemps suivant, renforcée et réorganisée, la « Légion de Lauzun » est intégrée au corps que Rochambeau va conduire en Amérique. Faute de transports suffisants, elle doit laisser sur place deux compagnies de fusiliers tandis que les cinq autres (grenadiers, chasseurs, artillerie, hussards sans leurs montures) embarquent le 7 avril 1780 à Brest, dans le convoi de quarante bâtiments du chevalier de Ternay qui franchit le Goulet … le 2 mai.

Jean-Jacques est sur l’Ardent, vaisseau de 64 canons pris l’année précédente aux Anglais et commandé par le chevalier de Marigny. L’un des escadrons de hussards est à bord ; la « garnison » du vaisseau est assurée par quatre-vingts hommes du régiment de Bourbon. La compagnie des cent trente chasseurs de Trentinian est sur le Baron d’Arros, transport affrété de 480 tonneaux, capitaine Macé. Après une brève échauffourée le 20 juin au large de la Delaware, cette armée de six mille hommes débarque le 11 juillet à Newport (RI). On soigne les malades et se prépare pour l’arrivée de la seconde division … qui ne viendra jamais (les fusiliers iront reconquérir la Guyane hollandaise). La Légion assure la majeure partie des liaisons entre les quartiers généraux alliés. Remontés, les hussards partent hiverner dans l’arrière pays.

En mars 1781, l’infanterie de la légion est embarquée sur l’escadre de DesTouches pour une opération visant à dégager La Fayette en Virginie face aux Anglais, “Hessiens” et “Loyalistes” de Cornwallis et d’Arnold. L’expédition vise la baie de Chesapeake, mer intérieure longue de trois cents kilomètres, qui constitue l’estuaire de cent cinquante rivières. Mais l’escadre anglaise d’Arbuthnot arrive à temps et parvient, au prix d’un dur combat (89 morts, 120 blessés) à repousser la tentative française.

Le cinq juin, l’infanterie de la légion embarque à Newport pour Providence, et entreprend la longue marche qui conduira le corps français trois mois plus tard à plus de huit cents kilomètres de là en Virginie. Les Alliés sondent les défenses de New-York, au prix d’escarmouches où Jean-Jacques aurait, selon la tradition familiale, été blessé (trop légèrement pour être enregistré ?).

A partir du 15 août, de Grasse ayant annoncé le départ de son armée navale pour la Chesapeake, tout le monde converge vers la Virginie. Six mille fantassins font la route, avec leurs équipements, 36 canons de campagne, quinze cents bêtes, etc. Ils défilent à Philadelphie devant les délégués au Congrès.

Tandis que, sur mer, de Grasse défait la flotte de secours anglaise, puis est rejoint par l’escadre de Newport qui amène les lourds canons de siège venus de France, les chasseurs et grenadiers de Lauzun sont les premiers à embarquer à Head of Elk, en bout de baie, sur des esquifs de fortune. La majeure partie de l’armée poursuit par la route, dont la cavalerie de Lauzun. Celle-ci reçoit en chemin l’instruction de marcher vers Gloucester, point fort organisé par les Anglais de Cornwallis en face d’Yorktown.

Après un éprouvant trajet fluvial, un relai à Annapolis et un transport sur la flottille conduite par La Villesbrunne, Lauzun et son infanterie repartent de Williamsburg pour rejoindre par un détour de 75 km la cavalerie et bloquer les forces anglaises de l’autre côté de l’York River. Les chasseurs de Trentinian sont engagés à deux reprises : le 5 octobre pour arrêter la contre-attaque anglaise, quand Lauzun et ses cavaliers ont chargé à un contre trois les dragons de Tarleton ; puis une nouvelle fois, dans la nuit du 14 octobre, pour une attaque de diversion pendant qu’à York les Alliés s’en prennent aux redoutes-clés de la défense anglaise.

Après la victoire, la Légion hiverne à la limite de la Caroline ; un billet récemment découvert nous montre Trentinian autorisant un de ses hommes à s’absenter pour épouser une Américaine. Le mémoire du major Hugau, qui commande par intérim, nous révèle que Jean-Jacques fait partie des subordonnés qui ne lui facilitent pas la vie. On parle aussi d’un duel où il a envoyé son adversaire à l’hôpital. A la belle saison, les Français remontent vers New-York, mais les pourparlers de paix s’engagent et nos régiments rembarquent à Noël pour les Antilles, à l’exception de la Légion, de l’artillerie de siège et quelques autres détachements.

Rentré de France où Rochambeau l’avait délégué pour annoncer la victoire à la Cour, Lauzun est nommé responsable des forces françaises restées sur place. La Légion hiverne à Wilmington (DE). Capitaine des grenadiers depuis l’automne et promu au rang de major, Trentinian embarque le 11 mai 1783 sur le Saint-James pour Lorient, puis Hennebont où la Légion est définitivement dissoute.

D’UN RÉGIME À D’AUTRES

Chevalier de Saint-Louis et doté d’une pension de 1.800 livres, Jean-Jacques suit alors le conseil de Lauzun qui ne prévoit pas de “Majorité” vacante dans son nouveau régiment : il passe aux Chasseurs des Alpes comme capitaine à la suite avec rang de major. Son fils Casimir (1770-1844), qui était entré à l’École Royale militaire de Tournon quand son père était en Amérique, le rejoint aux Chasseurs des Alpes, puis le suit aux Chasseurs Bretons, où il est promu sous-lieutenant au début de la Révolution.

En 1791, on va se battre aux frontières, le 6e régiment d’Infanterie légère (ex Chasseurs Bretons) quitte sa garnison d’Oléron pour s’intégrer à l’armée du Rhin. Le 5 février 92, Trentinian est placé à la tête du 7ème régiment d’Infanterie légère (il sera resté vingt ans capitaine). Huit jours plus tard, dix-huit officiers du 6ème qu’il vient de quitter, dont son propre fils, traversent le Rhin et rejoignent Vioménil et Mirabeau (le jeune) à l’armée de Condé. Pendant près de deux ans, père et fils vont ainsi participer dans des camps opposés à ces rudes combats aux frontières et en Palatinat. En décembre 93, Pichegru et les commissaires proposent J-Jacques, qui commande aux avant-postes de l’armée du Rhin, pour le rang de chef de brigade.

À Paris, la Convention exige la preuve qu’il n’est pas noble ; son frère, le maire de Lorient, a été destitué et conduit à Paris et le 31 décembre, Lauzun est guillotiné. Alors, début 94, un opportun certificat médical déclare Jean-Jacques inapte au service en campagne et en juillet, il prend sa retraite en Lorraine auprès d’une jeune femme venue avec lui d’Oléron qu’il épouse et qui lui donne une fille l’année suivante.

Vient 1799 ; « miraculeusement guéri », Jean-Jacques sollicite un commandement d’officier général. Sans succès : la paix est proche et il vient d’avoir soixante ans. Une seconde fille naîtra en 1805, de trente cinq ans plus jeune que son frère Casimir, lequel, rentré en France après dix ans de campagnes militaires à l’extérieur, reconstruit une carrière de cavalier, à Saint-Domingue, en Calabre, en Espagne, chargeant à la tête de son escadron de chevaux-légers-lanciers à la Moskowa et plus tard encore à Waterloo. Chevalier de Saint-Louis et de la Légion d’honneur, Casimir est major (lt-colonel) des Dragons de la Loire quand son père Jean-Jacques, meurt le 9 septembre 1817 à Rennes où il était venu régler la succession de son frère.

Le général Arthur de T. (1822-1885) et le général de division Edgard de T. (1851-1942). fils et petit-fils de Casimir ont poursuivi dans l’infanterie de Marine la tradition militaire de la famille.

Descendants aux Sons : Jacques de TRENTINIAN (rédacteur) Marc de TRENTINIAN, Pierre de TRENTINIAN , Yves de TRENTINIAN, François de TRENTINIAN, Paul de TRENTINIAN.