SAR France

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L'Espagne

L'alliance espagnole

Les opérations confiées à l'amiral d'Estaing n'ayant pas débouché sur des résultats décisifs, il devenait évident qu'il fallait entraîner dans la guerre la marine d'une Espagne dont les intérêts étaient ailleurs. Sollicité, le gouvernement de Charles III mit deux fers au feu :

  • avec l'Angleterre, pour négocier la rétrocession de Gibraltar contre la neutralité de l'Espagne.
  • avec la France, à laquelle la liait le Pacte de Famille et qui lui avait déjà cédé la Louisiane en compensation de son aide dans les dernières années de la Guerre de Sept Ans.

L'Espagne, n'ayant pu aboutir à ses fins avec Londres, exigea pour entrer dans la guerre :

  1. la mise sur pieds d'une invasion de l'Angleterre, permettant de régler le conflit loin du vulnérable empire colonial espagnol ;
  2. l'engagement français de poursuivre les combats jusqu'à la cession de Gibraltar.

La France dut céder et l'Espagne, bien que refusant de reconnaître les Etats-Unis ou de s'allier directement avec eux, s'engagea au côté de la France par le traité d'Aranjuez, le 12 avril 1779.

Contribution de l'Espagne au conflit

Vis à vis des patriotes Américains eux-mêmes, l'attitude de l'Espagne resta assez réticente ou hostile.

Le 27 juin 1776, quand le gouvernement français lui demande de participer à hauteur d'un million de livres au financement des cargaisons de Beaumarchais, le chef de la diplomatie espagnole, Grimaldi, écrit au comte d' Aranda, son ambassadeur a Versailles: "Le sage ministre [Vergennes] atteint par là au but politique de contribuer à affaiblir réciproquement les Anglais pour les détruire, et les colonies pour les mettre à la raison dès le début de leur indépendance."

[Contrairement à ce que son nom fait écrire à certains, la compagnie parisienne de navigation Roderique Hortalez, propriété de Beaumarchais devenu armateur et financée en sous main par Vergennes, n'est pas plus espagnole que ses œuvres dramatiques "Le Barbier de Séville" ou "Le Mariage de Figaro".]

Mais le rôle de l'Espagne dans l'obtention du résultat final ne saurait cependant être passé sous silence.

  • Face aux 90 vaisseaux de ligne anglais, l'appoint de la cinquantaine de vaisseaux espagnols, quelles qu'aient été leurs performances, a été d'un grand poids pour aider les 65 vaisseaux de la Marine Royale à assurer la sécurité des convois et la protection des côtes.
  • En Amérique, le gouverneur de Louisiane, Bernardo de Gálvez, assisté de Pierre de Marigny, mena d'efficaces combats pour libérer le bas Mississipi puis Mobile et enleva le port de Pensacola - clef de la Floride et de la Louisiane Orientale - grâce à l'appui de l'amiral de Monteil et des 700 Français d'Agénois, Cambrésis, Gâtinais/Royal Auvergne, Orléans, Poitou. Malheureusement, les assiégés furent laissés libres de rejoindre Clinton à New York. Washington et Rochambeau les retrouvèrent devant eux en juillet quand ils voulurent assiéger New York.
  • Le gouverneur de Cuba facilita l'emprunt levé par de Grasse auprès des dames et des commerçants de La Havane pour subvenir aux besoins du Corps de Rochambeau et Galvez accepta que les régiments français de Saint-Simon ne restent pas immobilisés dans l'attente d'une offensive sur la Jamaïque.
  • Cependant, la contribution essentielle de cette alliance franco-espagnole fut ailleurs. Bien que le projet de débarquement en Angleterre n'ait pas été mené à son terme, il avait provoqué la "panique de Portsmouth". La persistante menace d'un débarquement français contribua à fixer des moyens terrestres (63.000 fantassins sur place en 1782) et navals britanniques considérables en Europe ; de même que les forces du duc de Crillon reprenant Minorque et assiégeant Gibraltar.

Bilan de l'alliance franco-espagnole

Le refus des Anglais de céder Gibraltar en 1779 leur coûta la neutralité de l'Espagne. Un second refus en 1780, quand elle était prête à abandonner, la maintint dans la guerre. Par contre, en 1782, l'obstination espagnole pour un retour du Rocher, suggérant même que la Corse fut donnée en compensation à la Grande Bretagne, retarda de plusieurs mois la solution du conflit.

Cette ambition, le refus des Espagnols d'accepter une alliance directe avec les États-Unis ou de leur apporter une aide financière significative, ont fait que leur très utile concours à la victoire n'a pas toujours été suffisamment mis en relief par les historiens.

Le grand historien de la marine, A.T. Mahan, va jusqu'à écrire (The influence of Sea Power upon History, 1894): la capture relativement fazcile de Pensacola et des Bahamas n'eurent pas d'autre effet sur le déroulement de la guerre que de distraire une force imposante de la conduite des opérations principales avec la France ; L'Espagne, ici comme à Gibraltar, poursuivant ses propres objectifs au lieu de se concenbtrer sur l'ennemi commun, - une politique aussi à courte vue qu'elle était égoïste.

En définitive, comme l'écrit le spécialiste américain Jonathan R. Dull, (A Diplomatic History of the American Revolution, Yale 1985) "In spite of the price paid for it, the Spanish alliance was the greatest accomplishment of French diplomacy during the war".