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Les projets de débarquement en Angleterre - de César à Hitler

Le 13 janvier 2011, nous étions plus de cent cinquante à partager le plaisir d'entendre la passionnante conférence du général d'armée Gilbert Forray sur "Les projets de débarquement en Angleterre de César à Hitler".

Grâce à l'intervention de Jacques de Trentinian auprès de l'amiral Benoît Chomel de Jarnieu, major général, et grâce à l'amabilité de l'amiral Pierre-François Forissier, chef d'état major de la Marine, ce fut dans le prestigieux Hôtel de la Marine, place de la Concorde, que se déroula cette conférence.

Les salons dorés de l'ancien garde-meuble royal, ornés des portraits de nos plus célèbres marins et où furent préparées certaines des opérations évoquées par notre conférencier, ne pouvaient en effet mieux convenir au sujet annoncé.

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Le général Forray a tout d'abord souligné que l'obsession de traverser la Manche fut commune à de nombreux dirigeants politiques sur le continent européen depuis les empereurs romains jusqu'à Hitler. 
Mais si Jules César a réussi à étendre son empire au sein des Îles Britanniques, il faut noter que les nombreuses tentatives de débarquement furent presque toutes des échecs dont les conséquences furent le plus souvent néfastes pour leurs auteurs. En ce sens, elles ont aussi influencé l'histoire de toute l'Europe.

A titre d'exemple, après le désastre de l'"Invincible Armada" prise au piège dans la Manche en 1588, l'Espagne ne sera plus jamais une puissance maritime d'importance mondiale. Plus près de nous, Louis XIV fit quatre tentatives infructueuses de débarquement sur le territoire britannique et Louis XV trois tentatives dont la dernière en 1759, dans le cadre de la guerre de "Sept Ans" se solda, après plusieurs combats navals, par la destruction de la marine royale française.

Mais l'idée de franchir la Manche restait une constante à Versailles où des projets étaient régulièrement proposés au Roi. La guerre d'indépendance américaine et le soutien accordé aux "insurgents" par Louis XVI à partir de 1777 allait offrir une nouvelle occasion de tenter un tel débarquement, tentative que le général Forray a voulu analyser de façon plus détaillée, compte tenu de l'intérêt de l'assistance pour cette période de notre histoire. Le soutien aux "insurgents" américains impliquait en effet la guerre contre l'Angleterre, et la tentation était grande d'attaquer celle-ci directement comme le proposait le comte de Broglie.

En vue de d'obtenir un rapport des forces navales plus favorable, une alliance avec l'Espagne était nécessaire. Cette alliance fut réalisée en 1779 avec le traité d'Aranjuez. Dès lors un immense camp fut créé près de Bayeux où furent regroupés quelques 40.000 hommes. Toutefois, il semble aujourd'hui que ce camp n'ait eu pour objet que de créer une diversion visant à dissuader les Anglais d'envoyer tous leurs moyens en Amérique.

Dans le même temps, un plan détaillé de débarquement en Angleterre est proposé au Roi par le comte de Broglie tandis que des négociations difficiles sont menées avec l'Espagne pour déterminer les conditions de sa participation. Finalement des forces terrestres s'élevant à 20.000 hommes et 3.000 chevaux furent regroupées au Havre et autant à Saint Malo et l'opération navale fut engagée de façon conjointe avec la marine espagnole, ce qui fut d'ailleurs une des raisons de son échec.

En effet l'Espagne avait exigé que les vaisseaux des deux marines soient imbriqués ce qui, compte tenu des nombreuses différences de codes et d'usages, s'avéra être source d'incompréhension et d'inefficacité. Après plusieurs semaines de retard dus à l'impréparation de la marine espagnole, cette flotte combinée commandée par le comte d'Orvilliers arriva devant Plymouth au mois d'août 1779.

Les vaisseaux anglais, en nombre très inférieur, réussirent habilement à éviter le combat et, après 2 semaines d'errance dans la Manche, la flotte française dont les équipages étaient ravagés par le scorbut et la variole rentrait à Brest, tandis que les Espagnols repartaient de leur côté.

Ce fut la fin de cette tentative, mais la revanche sur la "Royal Navy" n'allait pas tarder à être prise par l'amiral de Grasse en Amérique comme nous le savons.

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La deuxième partie de la conférence fut consacrée à la tentative menée par Hitler en 1940 sous le nom de code de "Seelöwe". En juillet 1940, peu après l'entrée de l'armée allemande dans Paris, l'état-major interarmées, l'OKWH, émet une directive ordonnant de préparer un débarquement en Angleterre. Cette directive impliquait la traversée de 25 à 40 divisions sur un large front, préparée par des attaques aériennes et une opération aéroportée de parachutistes.

Peu de temps après, Hitler lui-même ordonne que ce plan soit prêt à être exécuté à partir du 15 août, après avoir obtenu au préalable l'indispensable supériorité aérienne. Il faut noter cependant qu'à cette époque Hitler, obsédé par l'idée d'attaquer l'URSS, espérait pouvoir négocier la paix avec l'Angleterre, espoir qui n'était pas sans fondement, compte tenu des sympathies existant pour l'Allemagne dans ce pays.

Pour conquérir la supériorité aérienne, la "Luftwaffe" disposait initialement d'un nombre d'appareils plus important que celui de la RAF, mais à la différence de celle-ci, elle était organisée essentiellement en vue de soutenir une bataille terrestre. Dès les premières attaques allemandes, l'Angleterre va rapidement accroître sa production d'avions - jusqu'à 100 appareils par semaine - et surtout va organiser le commandement de son aviation en vue d'une bataille aérienne, basée sur un excellent système de renseignement et de détection.

Au début de la bataille d'Angleterre, l'aviation allemande concentra ses attaques sur la navigation côtière et les convois, ce qui s'avéra être une grave erreur. En effet la destruction des centres de commandement et de la chaine de Radars aurait été plus efficace, compte tenu de la supériorité anglaise dans les combats aériens et dans l'interception des avions allemands. C'est après ce constat d'échec que Hitler décida en août 1940 de mener une guerre de terreur, le "Blitz", en s'attaquant aux objectifs civils tels que des villes de façon, espérait-il, à forcer l'Angleterre à la capitulation, ce qui fut heureusement sans effet.

Pendant ce temps, d'âpres discussions se poursuivaient entre l'armée de terre et la marine allemande sur la faisabilité de l'opération "Seelöwe" tandis que de son côté, l'Angleterre organisait activement sa défense terrestre en vue de repousser toute invasion venue de la mer. Pour l'Allemagne, la principale difficulté était d'assurer le transport maritime de l'importante force terrestre souhaitée par Hitler, ce dont la "Kriegsmarine" se déclarait incapable. De nombreux problèmes et les divergences apparues entre les chefs militaires obligèrent l'OKWH à réviser plusieurs fois ses plans.

Au mois de septembre, constatant l'incapacité de son aviation à obtenir la supériorité aérienne, Hitler annonce qu'il reporte cette opération au printemps 1941, mais en réalité il finira par abandonner ce projet pour se consacrer à l'attaque de l'URSS qu'il ne veut pas différer plus longtemps. Celle-ci sera en effet déclenchée en juin 1941.

En conclusion, le général Forray nous fit remarquer que, même si elle avait débarqué en Angleterre, l'armée allemande n'aurait eu aucune chance de conquérir ce pays car, comme a pu le constater Napoléon en Espagne, aucune armée étrangère ne peut s'imposer face à un peuple déterminé à défendre sa liberté.

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Très applaudi, le général Forray a bien voulu ensuite répondre à quelques questions avant d'êtrechaleureusement remercié par Martin Boyer vice-président des SAR en France, représentant, notre président le duc de Noailles.

Puis Jacques de Trentinian en sa qualité de vice-président-général pour l'Europe a profité de cette occasion pour remettre la décoration de Martha Washington à Madame Marie-Paule Theunissen en remerciement de ses services comme principale animatrice de la branche suisse des S.A.R. pendant plus de vingt ans. 
de g à dr, comte de Christen, Pdt Sté Sons en Suisse, Marie-Paule Theunissen, J. de Trentinian, général Forray.

La réunion se poursuivit par un cocktail durant lequel une visite des salons et appartements était aimablement organisée par nos hôtes de la marine nationale, dont on croyait deviner l'espoir de voir ce magnifique bâtiment rester aux mains de la "Royale" malgré les projets d'abandon en cours. Nous leur adressons ici nos très vifs remerciements. Nos remerciements s'adressent aussi à tous ceux et celles qui ont apporté leur aide à la parfaite organisation et au bon déroulement de cette conférence.

Bernard de Montjamont